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la girl

vous marchez droit devant, tout est lisible et simple, quand votre pied s’effondre sur la terre battue, le trottoir ici s’est interrompu, et vous, vous trébuchez, une ruelle inconnue était là qui guettait, côté gauche comme l’enfance, à quel âge de l’infante naissent les jeux interdits, vous y êtes, un sentier qui sent fort les humeurs, encadré des côtés de maisons aux murs sales, le sombre vous attire, le passage vous aspire, un souffle fait trembler vos lèvres entrouvertes, engagement du corps en marche somnambule, les fantômes de l’esprit ont envahi la ville, vous êtes devenue girl, l’invitée du saloon qui dans la nuit avance, livre-moi ta matière, tes images intérieures, elle longe les façades borgnes en quête de ce point à l’autre extrémité, au bout de la venelle le halo d’une poursuite en éclaire le seuil, elle, prise dans la robe de taffetas moiré rouge qui entrave sa marche, la beauté prisonnière, ce poids sur les hanches des jupons en bataille, comme une peau d’apparence qui fait aussi structure, les bas épais qui masquent jusqu’aux jarretières les jambes, cet arrêt à mi-cuisse si près du saint des saints, le corset lacé noir dont chaque sillon s’imprime, un miroir en révèle comme en mirage le soir les chairs marquées à vif sur la surface laiteuse, et puis un calicot pour la beauté du mot, si serré lui aussi, qu’ils dressent la silhouette en épure de la belle, un sablier d’airain, ses seins emprisonnés dans la guipure blanche, ce volant en ruché de dentelle sans mousseline, tiens, prends donc ces tissus qui irritent la peau, forge-t-on le froid-chaud dans les tissus mauvais, traces du manque d’attention, maman, ça gratte, là, le rêche, une sensation qui dure, naît ainsi le plaisir qui se glisse à l’endroit du plus fort déplaisir, allumez les lanternes, vous allez arriver, elle pousse les deux vantaux de lattes parallèles, l’espace lui apparaît en tentures enflammées, les appliques dorées ornant le cramoisi, et c’est le brouhaha, le vieux pianiste entraîne les rouleaux perforés, il pousse du bout des pieds des pédales pneumatiques, tire sur ces leviers pour donner la rythmique, les voix d’hommes qui appellent, elle rejoint les tables, et c’est le rouge aux joues qu’elle se fait caresser, sans qu’elle y prenne garde, le ragtime dérobe la pensée intérieure, et c’est Oh, Suzannah, elle sent la chaleur et l’odeur de l’alcool, le breuvage malté qu’elle sert dans les verres, elle ne s’appartient plus, Oh, Suzannah, don’t you cry for me, et elle ne pleurera pas, les mains accapareuses, elle ne se sauve pas, les yeux déshabilleurs, elle ne se sauve pas, les bouches dérobeuses, elle ne se sauve pas, elle a perdu pudeur et toute timidité, quelle voix pour vous souffler dans ce tohu-bohu l’attitude et les mots, elle est fondue au rouge, se pâme dans le noir, elle se fait dissoudre dans la promiscuité, son impavidité, une chape du flou, quand on ne se pense plus, qu’on échappe à soi-même, elle entre dans l’acquiescement aux offres en tous genres, aux murmures, aux figures obscènes, aux rictus qui la traquent, la descente aux enfers est-elle une promesse, et combien d’espérances viennent aux princesses quand elles montent sur la scène et qu’elles se laissent faire, où a-t-elle donc appris ce sourire en coin, la moue en attente, la langue sur les dents, l’ondulé de l’épaule, ce buste qui se soulève, ce coup de reins soudain, les clichés de leur râle en vous déjà présents, une mèche de cheveux qui glisse du chignon suffit à allumer les lampions chez cet homme, ce sera celui-là, vous êtes nue déjà et les bras relevés faites offrande du tout, un visage vous fourgue une langue dans la bouche, vos yeux s’en agrandissent et c’est le grand parcours des centimètres carrés, chaque pore réchauffé, sensuelle découverte et le tutti frutti de ce qui vient pêle-mêle, le jeu s’est répété durant toutes ces années, un jour avez compris que vous êtes Marguerite et que vous êtes le maître, enfin dans ce jeu-là, Jeanne qui rit, Jeanne qui pleure, la madrée aux deux bouts, vous contrôlez le tout, qu’on vous pince, qu’on vous fouette, c’est vous, l’Alabama, et c’est vous le banjo, le cow-boy et la fille, et même le pianola et les cartons percés, l’étoffe qui étouffe, les phrases qui déshabillent, l’enfance en partition pour éviter le pire, l’enfant en chef d’orchestre pour jouir du meilleur, mais le cœur qui vous touche est à venir encore, et soudain vous réveille l’électrique tremblement de votre malléole, une trace d’ancienne chute, et reviennent scander des slogans dans la tête, la voix de ces fantômes qui s’invitent au parcours, Loneliness, loneliness, faut-il continuer, sans l’avoir désiré, vous heurtez un homme avachi sur le sol, un beggar, il vous hèle, vous ne comprenez pas et tentez de répondre, vous bredouillez la langue, il s’énerve, vous insulte, vous prenez peur et vite vous rebroussez chemin, vos yeux se sont rouverts, retour à la mainstreet,

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 17 avril 2018 et dernière modification le mardi 17 avril 2018
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