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on marchait

On marchait, je ne saurais dire, vingt minutes, ça faisait peut-être trois kilomètres, de quoi changer complètement de paysage, l’époque dont je parle, je devais avoir neuf, dix ans, on s’y rendait en groupe, sans doute que je suivais mon frère aîné, JF, lui était ado, on arrivait dans une sorte de dédale, entre marécage et dépotoir, du béton, des odeurs, il y avait des joncs, je m’en souviens, parce que j’aimais les bouquets de joncs dans les maisons, pas chez nous, notre mère n’était pas intéressée, pourtant c’est beau cet objet étrange marron à la forme géométrique émergeant d’un fouillis de touffes vertes, mais elle, contrairement aux mères de mes copines, ne signait pas de ces touches originales la décoration de la maison, je pense d’ailleurs qu’elle n’avait pas ce critère en tête, décoration de maison, enfin je me trompe peut-être, elle aimait les impressionnistes, en tout cas, c’est mon père qui s’occupait de ces choses-là, il avait remplacé peu à peu tous les meubles anciens hérités du grand-père par des créations contemporaines, c’était son mot, et ne se souciait pas davantage des joncs, ça devait être trop classique pour lui, alors je ne tentais pas de les cueillir, d’ailleurs le bord du marécage n’était pas vraiment accessible, je crois qu’on montait vers un pont en bois suspendu, qui tenait du pont de lianes, tout branlant, avec des cordes pour s’accrocher, on en avait peur, le risque était visible par les lattes cassées, l’eau dessous clapotait, grise, sale, alors quand on partait, c’était tout ça qu’on imaginait, une expédition, notre pont de la rivière Kwai à nous, on disait qu’on allait à l’Allan, sans t, l’Allan, la rivière, et pour nous, c’était là, lent, un allant qui ne coulait pas beaucoup, qui traînait comme la langue qu’on parlait ici, un a lent, stagnant comme nos vies d’enfance et l’élan, c’était nous, nos corps, nos rires, qui le donnions.

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