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	<title>le point imaginaire</title>
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	<description>po&#232;mes, bribes de romans, projets d'&#233;criture, citations d'auteurs, photos, art contemporain</description>
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		<title>empiler des cailloux</title>
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		<dc:date>2016-12-29T16:53:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>christine simon</dc:creator>


		<dc:subject>alain richert</dc:subject>
		<dc:subject>revue diachroniques pages paysages</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;alain richert&lt;/p&gt;

-
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&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot433" rel="tag"&gt;revue diachroniques pages paysages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;&lt;strong&gt;empiler des cailloux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Alain Richert&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;article paru dans la revue diachroniques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PAGES PAYSAGES N&#176;8&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Page 27&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; En Europe, ce sont des kerns ou cairns, mais on les trouve sur la plan&#232;te enti&#232;re, ces piles de cailloux plus ou moins &#233;quilibristes. M&#233;moires de caravanes, signaux de territoires, comme une premi&#232;re syntaxe cadastrale. Buter contre une pierre n'arr&#234;te pas un nomade ; un s&#233;dentaire si. Il la ramasse et la range, dans un trou, sur un tas, et surtout, il en fait des murs secs, jamais plus hauts que son bras tendu. Tout ce vrac de cailloux qui g&#234;ne le semeur finit bien embo&#238;t&#233;, pour ceinturer son champ. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Les plantes sont pli&#233;es aux m&#234;mes r&#232;gles. Tout ce qui est d&#233;frich&#233;, arrach&#233;, sur la parcelle, devient un alli&#233; en limite. Les arbustes les plus piquants sont les premi&#232;es cibles, mais &#233;galement les meilleures d&#233;fenses. On dresse des haies comme on monte des murs, on entrelace les branches mortes ou vives sur le mod&#232;le de la claie (les fameux plessages). Les &#233;pines s&#232;ches viennent souvent en couronne. Ce qui g&#234;ne au centre prot&#232;ge &#224; la marge et vient l'enrichir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Il faut croire que c'est un besoin universel : d&#232;s que les nomades s'arr&#234;tent, ils font jaillir les plus &#233;l&#233;gantes constructions et les plus beaux jardins. Ce passage de la marche &#224; l'arr&#234;t op&#232;re une inversion des valeurs fondamentales, un basculement de l'horizontale &#224; la verticale. L'&#233;rection d'un mur n'est pas seulement une d&#233;fense contre les autres, mais aussi l'invention de ses propres limites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; L'univers appartient aux nomades. Ce sont les sculpteurs. Ils ne croient pas aux images et en produisent tr&#232;s peu. Mais, pour le s&#233;dentaire, quoi de plus difficile que d'assumer son propre mur. Alors on d&#233;core, on invente la peinture, et surtout la perspective et son point de fuite ; la photographie coule de source jusqu'&#224; l'&#233;cran de t&#233;l&#233;vision. La meilleure mani&#232;re d'aller ailleurs en restant chez soi. Le mur ne peut exister que s'il est perc&#233; d'images plus ou moins virtuelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; ....Pas de remembrement possible sans le barbel&#233;, on remplace en deux jours une haie centenaire. Le parcellaire est modifi&#233; mille fois plus vite que le terrain ne peut r&#233;agir. Les d&#233;sherbants totaux r&#232;glent la question de l'entretien. Avec la cl&#244;ture &#233;lectrique, c'est encore plus rapide. Le cadastre, en s'affranchissant du temps, a presque repris la mobilit&#233; des nomades. En un si&#232;cle, nous sommes pass&#233;s de la Grande Muraille de Chine &#224; la fronti&#232;re &#233;lectrique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Cette virtualisation de la limite semble vouloir s'affirmer, avec des effets inattendus. Voil&#224; quelques mois, un &#233;leveur limousin parlait s&#233;rieusement de surveiller ses vaches gr&#226;ce au proc&#233;d&#233; du Global Positionning System. L'enclos devient alors le bord de l'&#233;cran de contr&#244;le et comme au cin&#233;ma, il y a le champ et le hors-champ. Mais le cow-boy est sorti du paysage et s'est install&#233; dans le fauteuil du spectateur. On peut m&#234;me imaginer que le collier de chaque animal lui enverra une petite secousse &#233;lectrique automatiquement, d&#232;s que l'ordinateur le &#034;verra&#034; hors-champ. Tout cela est assez peu diff&#233;rent du bracelet des prisonniers en semi-libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Il faut trente ans pour installer une haie, une nuit pour d&#233;placer des bornes. Les limites changent trop vite pour g&#233;n&#233;rer des formes. La signification du mot paysage s'est donc, elle aussi, invers&#233;e. Du contenu du cadre qu'il d&#233;signe initialement, le mot d&#233;finit maintenant ce qui y &#233;chappe. Il fut d'abord question de paysage audiovisuel, le fameux PAF, &#224; mesure qu'il devenait incontr&#244;lable, puis du paysage politique, pour des raisons voisines. Enfin apparut le grand paysage, &#224; mesure que le tissu urbain ou rural se d&#233;chirait. Les innombrables d&#233;coupages politiques et les zones de pratiques ne se superposent que rarement aux donn&#233;es g&#233;ographiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Le paysagiste s'est donc retrouv&#233; dans la m&#234;me position que notre cow-boy devant son &#233;cran. Muni d'innombrables cartes &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles, il s'agit de red&#233;finir des limites, des &#034;entit&#233;s paysag&#232;res&#034;, recadrer, reficeler les d&#233;coupes, afin de recr&#233;er de la forme. Mais comment, de l'&#233;cran, revient-on au terrain ? Le paysagiste est un &#034;go-between&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Durant toutes ces p&#233;rip&#233;ties, le jardin n'a pas boug&#233;. M&#234;me lorsqu'il a fait semblant de repousser ses limites jusqu'&#224; l'infini, il est rest&#233; parfaitement clos. M&#234;me quand il s'est ouvert au public, il a gard&#233; ses murs et ses grilles. Hors de question qu'il parte &#224; la conqu&#234;te de l'ext&#233;rieur, puisqu'il est d&#233;j&#224; la repr&#233;sentation d'un ailleurs. Tout au plus le regard qu'il propose peut-il faire &#233;cole. Le jardin est rest&#233; dans son cadre. Comme pour tous les tableaux, on cultive encore dans des ch&#226;ssis (&#034;frame&#034; en anglais est encore plus &#233;loquent) des plantes &#233;tonnantes. On dresse une couche ou une plate-bande (raised-bed) comme on dresse un couvert. Il y a plus qu'une familiarit&#233; entre les arts de la table et l'art des jardins. L'un est en provenance directe de l'autre et les deux s'adressent aux cinq sens &#224; la fois. Cette parent&#233; entra&#238;ne de fortes similitudes dans la construction de l'espace. &#192; tel point qu'au XVIII&#232;me si&#232;cle, la ville de Murano en V&#233;n&#233;tie produisit une s&#233;rie limit&#233;e de centres de tables qui &#233;taient de parfaites miniatures en verre des jardins de l'&#233;poque avec arbres, haies, balustrades et plantes en pots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; On dresse donc un jardin comme on tire une nappe blanche, mani&#232;re d'effacer ce qu'il y a dessous, de commencer une nouvelle page. Plus les plantes sont fragiles ou rares, plus on insiste sur leur diff&#233;rence en les isolant du milieu d'origine. &#192; l'extr&#234;me, elles se retrouvent dans des pots, ce qui en fait des objets &#224; part enti&#232;re. La plupart du temps, la surface cultiv&#233;e et l&#233;g&#232;rement sur&#233;lev&#233;e et tr&#232;s nettement d&#233;limit&#233;e de pierres, de briques ou de bois, plus tard, de plantes taill&#233;es. Cette limite constitue &#224; la fois le cadre de l'action et le socle, montrant bien que les plantes furent choisies et install&#233;es par une d&#233;cision qui vient &#034;d'en haut&#034;, qui n'a rien &#224; voir avec l'&#233;nergie spontan&#233;e des mauvaises herbes, surgies d'en bas, de &#034;sous la terre&#034;. On se retrouve donc dans l'exacte situation initiale. Mais, cette fois-ci, on rajoute du fumier, du sable, de l'eau, de la tourbe, du compost ou des pierres. Le jardin n'est rien d'autre qu'une table dress&#233;e o&#249; quelques plantes sont des invit&#233;es forc&#233;es. On y a mis ce dont elles sont friandes pour qu'elles restent le plus longtemps possibles. Beaucoup d'ind&#233;sirables sont exclus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; Par essence, les plantes sont nomades, m&#234;me si leurs d&#233;placements &#233;chappent &#224; notre notion du temps. Elles arrivent, consomment sur place et partent ailleurs. Insatisfaites, elles meurent. Le jardinier est donc l&#224; pour r&#233;pondre &#224; tous leurs caprices. C'est ainsi qu'il maintient ouverte sa fen&#234;tre de s&#233;dentaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; &#192; mieux &#233;couter la terre, &#224; regarder les plantes plus attentivement, des similitudes sont apparues, des complicit&#233;s aussi. Plus besoin de modifier le sol, puisqu'il existe toujours une gamme de v&#233;g&#233;taux qui pourra s'en satisfaire, et m&#234;me y prolif&#233;rer. Le sol est donc progressivement redescendu pour dispara&#238;tre compl&#232;tement, &#224; mesure que les limites du carr&#233; s'arrondissaient, se courbaient, souvent dans un al&#233;atoire de composition douteuse, jusqu'&#224; faire croire que ce sont les v&#233;g&#233;taux qui d&#233;cident du trac&#233;, que le jardin a acquis sa propre autonomie et qu'il peut se passer du jardinier. Mais ce ne sont pas les invit&#233;s qui mettent le couvert, encore moins qui construisent la salle &#224; manger. La po&#233;tique actuelle du jardin, faussement abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, ne peut exister que si le lieu est clos et que quelqu'un g&#232;re ces murs, quelqu'un qui continue &#224; empiler des cailloux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;------------&lt;/font&gt;&#171; M&#234;me les oiseaux-jardiniers ne cherchent pas une seconde &#224; imiter l'entourage. Avec des limites parfaitement claires, ils enl&#232;vent, rajoutent, construisent des talus, des foss&#233;s des huttes et des couloirs ; ils accumulent des fleurs, des objets bizarres dans des coloris tr&#232;s pr&#233;cis. Ils y viennent tous les jours durant leur vie enti&#232;re, tracent, sur&#233;l&#232;vent.... Certaines esp&#232;ces parviennent m&#234;me &#224; changer la lumi&#232;re. Ils construisent un paysage totalement artificiel. Mais quoi de plus naturel que d'inventer de l'artifice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;&lt;strong&gt;[&lt;i&gt;...&lt;/i&gt;]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_1201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.christinesimon.fr/IMG/jpg/c02k8qvxeaa1h6d.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.christinesimon.fr/IMG/jpg/c02k8qvxeaa1h6d.jpg?1483029582' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;photo prise &#224; l'iPhone &#224; partir d'une photo d'Alain Richert, l&#233;gend&#233;e comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Moucharabiehs en basalte au Y&#233;men Nord. Ils prot&#232;gent les vignes des vents secs venant du d&#233;sert. Les murs montent &#224; mesure qu'on affine l'&#233;pierrage des champs : d'abord des gros blocs jointifs pour finir en dentelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;merci &#224; la revue &lt;strong&gt;diachroniques &lt;/strong&gt; pour l'emprunt tr&#232;s, tr&#232;s, long &#224; ce num&#233;ro &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PAGES PAYSAGES N&#176;8 00/01&lt;/strong&gt; en vente &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ebay.fr/sch/sis.html?_nkw=Revue%20PAGES%20PAYSAGES%20N%208%20DIACHRONIQUES%202000%202001&amp;_itemId=322039921089&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://picclick.fr/PAGES-PAYSAGES-Diachronique-N%C2%B08-Revue-Environnement-Art-371771870729.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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