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	<title>le point imaginaire</title>
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	<description>po&#232;mes, bribes de romans, projets d'&#233;criture, citations d'auteurs, photos, art contemporain</description>
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		<title>l'histoire du steak de renne</title>
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		<dc:creator>christine simon</dc:creator>


		<dc:subject>alaska</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;deux hommes bien emmitoufl&#233;s&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;fictions rapides&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot262" rel="tag"&gt;alaska&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;n&#233;gociation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot293" rel="tag"&gt;tsipras&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;eurogroup&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.christinesimon.fr/IMG/jpg/artisteinconnu-2.jpg?1436871328' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux hommes bien emmitoufl&#233;s dans leurs manteaux de fourrure sortent de la porte &#224; tambour d'un h&#244;tel, dans un &lt;i&gt;tourist resort&lt;/i&gt;, pris dans la banquise, quelque part en Alaska ; ils sont consultants et viennent d'animer un s&#233;minaire. Ils fument et discutent tranquillement, quand ils avisent au loin un chasseur, mont&#233; sur son &lt;i&gt;snowmobile&lt;/i&gt;, dont les patins laissent des traces sym&#233;triques sur la glace, il semble danser. A l'arri&#232;re du tra&#238;neau qu'il tracte, il transporte un renne sanguinolent qu'il vient de tuer. Bonne chasse, bonne journ&#233;e, en ces semaines d'abattage qui durent de la mi-novembre &#224; la mi-d&#233;cembre. Mais le danger guette. Tout &#224; coup les deux hommes voient appara&#238;tre une meute de loups blancs, les fameux loups arctiques, qui se mettent &#224; poursuivre le chasseur et son scooter. Ils se rapprochent de plus en plus. Le chasseur les a aper&#231;us et tente sans succ&#232;s d'acc&#233;l&#233;rer, le chariot brinquebalant derri&#232;re au risque de verser. Il sort alors un coutelas et donne un coup violent sur le renne, en d&#233;coupant un steak qu'il jette sur la surface blanche, esp&#233;rant ainsi d&#233;tourner les loups de leur course effr&#233;n&#233;e. Que croyez-vous qu'ils vont faire ? Certains se diront qu'affam&#233;s, ils se jetttent sur la viande, en laissant partir le chasseur. Mais c'est une erreur, les loups continu&#232;ent leur course de plus belle, car donner pour rien une cuisse de renne leur donne des ailes, les pr&#233;dateurs sentant la b&#234;te enti&#232;re &#224; leur port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange attitude de Tsipras, qui s'est d&#233;barrass&#233;, au milieu de la bataille, de son meilleur n&#233;gociateur, Varoufakis, alors qu'il venait de gagner son r&#233;f&#233;rendum et qu'il avait toutes les cartes en main, y compris une b&#234;te noire dont il aurait pu jouer, qu'il l'a sacrifi&#233; en &#233;change de rien, aucune promesse, aucun gain, un cadeau gratuit. Et, devant ce succ&#232;s si ais&#233;ment obtenu, qui laissait augurer une faiblesse de l'autre partie, les loups de l'Eurogroup ont accru leurs exigences et n'ont fait qu'une bouch&#233;e du petit Grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En repartant, les consultants se promettent d'ajouter l'histoire du chasseur comme &#233;tude de cas de leur formation &#224; la n&#233;gociation. Et toi, &#233;c&#339;ur&#233;e, tu vas ajouter celle de Tsipras, et de ce qu'on peut &#234;tre d&#233;mocrate sans pour autant prendre les loups blancs pour des bisounours. Cette le&#231;on vaut bien un steak de renne sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;mus&#233;e des arts buissonniers&lt;br class='autobr' /&gt;
saint-sever-du-moustier (aveyron)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>anchorage v5</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>christine simon</dc:creator>


		<dc:subject>alaska</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;reproduction interdite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?rubrique43" rel="directory"&gt;anchorage&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.christinesimon.fr/spip.php?mot262" rel="tag"&gt;alaska&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; Rendez-vous &#224; Seward, vous devez rejoindre le port de p&#234;che, le village du saumon d'argent et vous prenez la route, le vent souffle, vous bifurquez direction AK-1, vous allez vous enfoncer dans cette p&#233;ninsule qu'on appelle Kena&#239;, presqu'&#238;le du golfe d'Alaska, qui se d&#233;tache du continent par le fjord Cook Inlet, situ&#233; c&#244;t&#233; ouest,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; sur la banquette arri&#232;re J. et le Petit dorment, &#233;reint&#233;s d'une nuit trop courte, escale &#224; Seattle, atterrissage &#224; Anchorage, rejoindre ici Le Navigateur c'&#233;tait votre id&#233;e, vous ne savez pas encore pour quoi mais l&#224; en vous ce d&#233;sir imp&#233;rieux, eux endormis et vous happ&#233;e par les bras du Navigateur et il murmure &lt;i&gt;a very long time since&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; vos yeux sur ce qui entoure, vous avez d'abord ressenti l'aube comme hostile, nappant l'obscurit&#233; d'une transparence blafarde, qui nimbe la ville aux flancs sales, ses bas-c&#244;t&#233;s de rues pel&#233;s, d&#233;faits des longs hivers sous la glace, c'est plus tard sur l'autoroute que vous vous &#234;tes sentie mieux, &#224; l'endroit o&#249; la voie se d&#233;doublait, vous avez pens&#233;, on ne conna&#238;t pas le chemin avant de l'avoir parcouru, et &#231;a vous a rassur&#233;, sans raison, un sillon lumineux refl&#233;tait le soleil encore absent &#224; l'horizon mais avait fait lever les volumes, l'aurore pointait, &lt;i&gt;aurorus&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sunrise&lt;/i&gt;, effa&#231;ant le brouillard et annon&#231;ant le jour, &lt;i&gt;let's the sun shine&lt;/i&gt;, avait lanc&#233; gaiement Le Navigateur,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;et voil&#224; on y est, le voyage commence au son mat des roues sur l'asphalte, tu te rappelles cette promesse qu'un jour tu &#233;crirais, c'&#233;tait ce matin-l&#224;, sur cette route, dans l'&#233;clat de cette strie jaune et rose, et, comme la photo s'esquisse dans le bac &#224; r&#233;v&#233;lateur d'une chambre noire, les lignes du paysage r&#233;v&#232;lent peu &#224; peu le pass&#233;, tu y es, install&#233;e &#224; ta table, tu &#233;cris,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;la circulation est d&#233;j&#224; dense &#224; cette heure, vous remarquez &#224; gauche un immeuble sombre, un bloc rectangulaire, un peu excentr&#233;, Le Navigateur vous explique que la soci&#233;t&#233; qui y a son si&#232;ge fournit des interventions m&#233;dicales, in &lt;i&gt;extreme and hazardous conditions&lt;/i&gt;, il raconte une de leurs interventions pour sauver des b&#251;cherons au Mt McKinley, inexplicablement ses mots vous font sourire, un pays de pionniers, o&#249; la vie a du go&#251;t et se joue &#224; l'extr&#234;me, comme dans un roman,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;sans que vous l'ayez vu arriver, un bus bleu clair appara&#238;t dans le r&#233;troviseur, il porte son pot d'&#233;chappement devant, ce qui se fait d'ordinaire pour les camions ici, les &lt;i&gt;trucks&lt;/i&gt;, sa chemin&#233;e chrom&#233;e lance en l'air un panache blanc, il est venu se coller dans votre sillage, c'est curieux, jusqu'ici, les autres autos respectaient une certaine distance entre v&#233;hicules, une dizaine de m&#232;tres, mais pas lui, il est un peu trop pr&#232;s, un coup d'&#339;il &#224; votre Navigateur, vous savez qu'il ne l'a pas aper&#231;u et pourtant le bruit du moteur diesel aurait d&#251; l'alerter, mais non, vous &#234;tes la seule &#224; vous rendre compte que le bus est l&#224;, vous acc&#233;l&#233;rez pour mettre un peu de distance,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;sur la voie d'urgence c&#244;t&#233; droit une flaque d'eau vole un coin de ciel, et la surplombant, un panonceau vert annonce Campbell Creek, vous apercevez dans le feuillage un pont de couleur claire qui supporte une autre route parall&#232;le, envie de l'emprunter, votre regard la suit longtemps, comme un appel de vous vers ailleurs, mais vous &#234;tes contenue par cette autoroute, les glissi&#232;res de s&#233;curit&#233; &#224; double barre, les sapins de petite taille qui forment comme un entonnoir de part et d'autre du highway d&#233;bouchant &#224; l'horizon sur un relief montagneux encore impr&#233;cis qui barre la perspective mais suscite la curiosit&#233;, alors vous savez que vous ne prendrez pas la prochaine sortie sur Dowling Rd,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;au panneau Speed limit 25, vous ralentissez, la portion de route est en travaux, et le bus qui avait acc&#233;l&#233;r&#233;, freine aussi, juste derri&#232;re vous, conservant le m&#234;me &#233;cart, vous &#234;tes prise entre deux imp&#233;ratifs, fixer la route devant vous et le surveiller, vous vous sentez vaguement inqui&#232;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;au tableau devenu bleu devant vous, des nuages apparaissent, et aussi sur l'&#233;cran, les pages Wikipedia, c'est une contrainte de l'&#233;criture, aller chercher dans l'&#224;-peu-pr&#232;s la mati&#232;re de ton &#233;criture, ici, une classification dont tu &#233;limines ceux de la troposph&#232;re, cette r&#233;gion gel&#233;e des cirrus castellanus, spissatus, fibratus, floccus, uncinus, &#224; visages d'intortus, Kelvin-Helmhotz, duplicatus, vertebratus, radiatus, ou de cirrocumulus floccus, lenticularis, stratiformis, tu retires aussi les altocumulus, m&#234;me pas ces opacus, translucidus, ou ces pannus, virga et praecipitatio, ceux que vous avez identifi&#233;s dans le ciel sont des stratocumulus, pour &#234;tre plus pr&#233;cis des cumulonimbus, un tourbillon de barbares courant &#224; vive allure, une famille de drakkars charriant l'orage dans leurs g&#234;nes &#233;lectriques, en qu&#234;te d'une montagne pour arr&#234;ter leur course, c'est une armada venue d'un port de la mer de Norv&#232;ge, et &#224; bord, des Vikings, de basse altitude, vingt-deux g&#233;n&#233;rations &#224; faces de patriarches, aux visages h&#226;l&#233;s mais charg&#233;s de brouillard, qui sont descendus en cohorte tr&#232;s bas pour faire saga et, dans la file des toiles bomb&#233;es de volutes blanches, engendrent un a&#238;n&#233; qu'ils n&#233;gligent, imprudents, que pour un foehn sans doute qui l'avait d&#233;tourn&#233; et qu'au nom des principes, ils envoient en exil. Ainsi va le chass&#233; du troupeau, il a perdu son droit d'a&#238;nesse, le berger, a laiss&#233; son troupeau l&#224;-bas dans les alpages, alors il contemple les lucioles de son nouveau pays, ses &#233;toiles filantes tomb&#233;es &#224; terre et vous apprend les configurations, regarde, &lt;i&gt;die grosse Pfanne, die kleine Pfanne&lt;/i&gt;, la Grande Ourse, la Petite Ourse, les autres casseroles qu'il transporte, celles-l&#224; il n'en dit rien et le nuage avance, sa voile gonfl&#233;e qu'escorte une autre, plus petite, ils font couple, vous admirez les silhouettes d&#233;coup&#233;es sur fond clair, leur duo lumineux, leurs yeux bleus, leur langue qui chante et, au bout de l'&#233;trave, ils plantent une figure de proue portant votre ADN, coque solide, pommettes hautes, pr&#234;te &#224; fendre les flots, mais tr&#232;s vite vos chemins se s&#233;parent et quand vous vous penchez, juste une nu&#233;e au loin, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;o&#249; part cette &#233;criture, dans quelle stratosph&#232;re, s'invite une vision m&#234;l&#233;e aux paysages, comment lui r&#233;sister, lecteur, vas-tu me suivre dans ce p&#233;riple &#233;trange,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;&#224; nouveau ce reflet dans le r&#233;troviseur, vous voulez l'ignorer, vous relevez la t&#234;te, derri&#232;re le rideau d'arbres qui bordent l'autoroute d&#233;file sans fin une zone industrielle, un parking rempli d'autos semble indiquer une activit&#233; importante, vous parvenez &#224; lire Hitachi sur un kakemono flottant sur un portique, dans une contre-all&#233;e, une voiture est gar&#233;e au milieu de nulle part, nulle part mais sans doute pas pour ses occupants, un couple, appara&#238;t un gigantesque mat d'au moins six m&#232;tres de haut qui se trouve &#224; l'embranchement avec la bretelle de sortie pour Dowling Rd, avec six spots au sommet pour &#233;clairer le secteur, la nuit, &#224; la fois l'autoroute et ses arri&#232;re-plans que vous devinez, un Dodge vient de s'engager sur l'exit, on s'est rapproch&#233; des montagnes, qui forment &#224; pr&#233;sent une cha&#238;ne moins compacte d&#233;port&#233;e sur le c&#244;t&#233; gauche de la route, des ballons aplatis, &#224; peine plus que des collines, toujours cette transformation et le paysage qui &#233;chappe au fur et &#224; mesure qu'on avance, la relativit&#233; est principale, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;&#231;a n'existe pas une relativit&#233; principale, mais tu te comprends,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;vous v&#233;rifiez que le bus n'a pas pris la sortie, mais non, il roule derri&#232;re vous, constant, Le Navigateur a d&#233;pli&#233; la carte d'Alaska, c'est &#233;crit en gros, vous jetez un coup d'&#339;il &#224; cette extr&#233;mit&#233; du continent &#224; t&#234;te de chien et &#224; ces bras de mer rentr&#233;s dans la terre, Le Navigateur commente, la carte a &#233;t&#233; dessin&#233;e en partie par Cook, c'est lui qui a dress&#233; la ligne des c&#244;tes, l'explorateur et son &#233;quipage y croyait, chaque anse &#233;tait un espoir, chaque sillon d'eau, un cap, il n'est pas le seul &#224; avoir tent&#233; la qu&#234;te du saint Graal, la route par le nord, entre deux oc&#233;ans, Atlantique, Pacifique, c'est le passage du Nord-Ouest qu'ils sont nombreux &#224; avoir recherch&#233;, tous des hommes, et toi est-ce ton passage du Nord-Ouest que tu es venue chercher ici, les anciens l'ont d'abord appel&#233; d&#233;troit d'Anian, du nom d'une province de Chine, du temps o&#249; les mappemondes &#233;taient approximatives, il faut tant de fausses cartes pour approcher l'id&#233;e qu'il y a une forme, qu'elle a cette apparence, qu'il y a un passage et qu'il est plus au nord, Cook prend son tour dans la longue liste et invente cette langue de mer bord&#233;e par la presqu'&#238;le de Seward, le Cook Arm, il lui laisse son nom, c'est l&#224; qu'il a renonc&#233; &#224; aller plus loin, au bout du Turnagain arm, la preuve de l'impasse, il faudra encore cent-quarante ans pour parvenir &#224; la solution navigable, on dit que c'est Amundsen, sur son navire Gj&#248;a, qui a r&#233;ussi le passage, naviguant de l'est via le Groenland, passant dans l'archipel au nord-est de Baffin, puis au nord de ces &#238;les, Somerset, Victoria, vers l'ouest, il a franchi B&#233;ring et accost&#233; &#224; Nome, le port d'arriv&#233;e, Nome, tu vois, c'est au niveau de la m&#226;choire du chien sur la carte, Le Navigateur pointe du doigt, il se fait guide pour vous,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; John Cabot, Jacques Cartier, Francisco de Ulloa, Martin Frohbischer, Giacomo Gastaldi, Bolognini Zaltieri, Sir Humphrey Gilbert, John Davis, Henry Hudson, Luke Fox, Simon Dejnev, Vitrus B&#233;ring, Alexei Tchirikov, l'&#233;quipage de l'Octavius, James Cook, Charles Clerke, William Bligh, George Vancouver, John Gore, Alexander Mackenzie, John Ross, William Edward Parry, James Clark Ross, John Franklin, George Back, Peter Warren Dease, Thomas Simpson, John Rae, Frederick William Beechey, Owen Beattle, Robert McClure, Edward Belcher, Roald Amundsen, une place ici pour les oubli&#233;s de Wikipedia, peut-&#234;tre y avait-il des femmes d&#233;guis&#233;es en marins, se bandant la poitrine pour qu'on ne se doute de rien, l'histoire ne le dit pas, pas beaucoup d'histoires qui racontent les femmes voyageuses,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;on ne conna&#238;t pas le passage avant de l'avoir parcouru et m&#234;me quand on semble l'avoir franchi, on n'est pas s&#251;r que l'itin&#233;raire emprunt&#233; constitue Le passage, avec le temps on apprend qu'ils sont nombreux les chemins possibles, selon qu'on le prend par l'ouest, par le nord-ouest, par le nord-est, par l'est, dans le d&#233;troit d'Hudson ou par le sud, et que plus on s'approche pour tenter de le trouver, plus la r&#233;alit&#233; se d&#233;multiplie &#224; la fa&#231;on d'une fractale, et que peut-&#234;tre d&#233;couvrir Le passage tient davantage &#224; la mani&#232;re dont on s'&#233;quipe, dont on choisit le navire, l'&#233;quipage, le mat&#233;riel, les premi&#232;res cartes sur lesquelles on s'appuie, l'apprentissage qu'on fait aupr&#232;s des natifs pour comprendre comment ils traitent les peaux de b&#234;te dont ils se recouvrent pour se prot&#233;ger du froid, ou la capacit&#233; &#224; patienter, dans l'hivernage, le renoncement provisoire quand on est pris dans les glaces, ne repartir que quand les conditions s'y pr&#234;tent, qu'il ne s'agirait pas de se lancer, mais de se pr&#233;parer longuement et de naviguer miles apr&#232;s miles, de savoir bifurquer &#224; chaque &#233;tape, ce qu'Amundsen a r&#233;alis&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;est-ce que tu le savais toi qu'il fallait tout &#231;a pour r&#233;ussir le voyage, mais aupr&#232;s de qui l'aurais-tu appris,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;vous acceptez d'avance le risque d'&#234;tre prise dans des bras qui ne m&#232;nent qu'&#224; rochers en falaise, mar&#233;cage ou delta, quelque chose qui d&#233;bouche, mais pas sur l'oc&#233;an, vous aimeriez caboter au plus pr&#232;s de la c&#244;te et puis cartographier ce d&#233;chiquet&#233; des roches, d'un pouce tendu loin devant vous, vous sauriez mesurer les r&#233;cifs, pour que la terre s'esquisse, que la mer se distingue, que reporte la main qui prend dans le regard, le vide qui s&#233;pare ou le plein qui fait face, l'espoir qu'au terme de la navigation, vous aussi atteigniez le chenal endiabl&#233; des &#238;les al&#233;outiennes et dans les bords qu'un sillage de voilier tire contre le vent, qu'enfin vous sachiez rejoindre la mer lib&#233;r&#233;e des icebergs,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;est-ce un iceberg, l&#224;, derri&#232;re vous, une masse mena&#231;ante, d'autres autos vous doublent, seul le bus demeure &#224; l'arri&#232;re, il vient de se rapprocher encore, qu'a-t-il &#224; vous suivre comme &#231;a, il vous distrait de votre but, vous avez assez affaire avec vos fant&#244;mes sans avoir &#224; vous pr&#233;occuper d'un intrus,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;Le Navigateur, qui n'a toujours rien vu, pointe le doigt vers le ciel, tiens, regarde cet oiseau, c'est rare, jamais vu par ici, entr&#233;e du Phoebastria albatrus, son fuselage dessine une arabesque, tout en contraste, vous le reconnaissez, le g&#233;niteur, en voie d'apparition ici dans le r&#233;cit, mais l&#224;-bas, esp&#232;ce menac&#233;e, n&#233; dans les &#238;les de Senkaku, l'oiseau, jeune, a rejoint la zone p&#233;lagique, est encore &#224; l'&#233;poque de couleur brun chocolat, la robe des tout-petits, cherchant sa nourriture, c&#233;phalopodes, crustac&#233;s, calamars, krills ou ces poissons qu'on appelle m&#233;rous, sans savoir, a mordu &#224; l'hame&#231;on d'une p&#234;che &#224; la palangrotte, s'est pris aux rets d'une ligne-m&#232;re ou ma&#238;tresse, son destin croise le meurtre industriel, qui g&#232;re les rejetons au bout d'un mousqueton, avan&#231;on composant une tresse de filaments, hame&#231;ons en laiton d'acier galvanis&#233;, d'acier simple ou d'inox, dispos&#233;s en parall&#232;les comme &#224; la parade, bou&#233;es portant pavillons, feu et r&#233;flecteur radar, orins cord&#233;s &#224; trois torons, servant de liaison entre bou&#233;es, ancres et mouillages, qui &#233;vitent la d&#233;rive, &#233;merillons, agrafes, la fixation pratique, bien fix&#233;s pour une guerre, comme celle de jadis dans le ciel d'azur &#224; l'est, des fus&#233;es d'&#233;clairage qui dessinent un grand cercle, pilotes &#224; la man&#339;uvre mais se trompent de cible, ils ne font pas de quartier, les obus envoy&#233;s ont vis&#233; les maisons, ont soulev&#233; des corps, retomb&#233;s incr&#233;dules, et l'oiseau orphelin, sa t&#234;te sentant le souffre, glisse au-dessus des cendres, rescap&#233; de son clan, mais la bouche transperc&#233;e d'un crochet qui s'accroche le laisse sanguinolent, et le grand voilier erre, qui plane dans les airs, prend courant ascendant pour les longues distances, fuit jusqu'aux terres d'Indochine et &#224; nouveau la guerre, son bec de plaques corn&#233;es comme un signe &#224; l'avant, quel secret d'une femelle qui l'entra&#238;ne &#224; l'&#233;cart l'aura cicatris&#233;, elle donne de son temps, peut-&#234;tre juste un soin et le sang dispara&#238;t, r&#233;silience, combien de jours pour que la gueule s'&#233;claire d'un ton pastel, je n'aurais rien pu faire, &#231;a nous est tomb&#233; dessus, le destin, la t&#234;te de couleur paille, ailes noires bord&#233;es de blanc, qu'il se pardonne enfin, pour que le d&#233;riveur prenne son manteau d'adulte, on dit qu'il mue longtemps, entre douze et vingt ans, parfois c'est davantage,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;un personnage, souffle Le Navigateur, vous pensez qu'il s'est enfin rendu compte qu'un bus suivait la Range Rover ou qu'il aurait p&#233;n&#233;tr&#233; votre r&#234;verie, mais non, il parle de l'oiseau et vous ne savez qu'acquiescer, sans oser aborder ce qui vous pr&#233;occupe, comme si &#233;voquer le sujet allait rendre la chose r&#233;elle, apr&#232;s tout, tout &#231;a n'est peut-&#234;tre qu'une impression, que virtualit&#233;, que non, vous n'&#234;tes pas &#224; une bifurcation de votre vie, il ne s'est rien pass&#233; l&#224;-bas qui vaille la peine d'&#234;tre dit, pas plus qu'ici cette &#233;trange parade &#224; l'arri&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;rassur&#233;e, comme vous &#234;tes l&#226;che, vous vous concentrez sur la route, peu &#224; peu, vous entrez dans votre vitesse de croisi&#232;re, vous d&#233;couvrez le v&#233;hicule, vos mains s'habituent au volant lourd recouvert de cuir noir, votre dos bien cal&#233; contre le dossier du si&#232;ge, la m&#233;canique impeccable d'un moteur que vous sentez r&#233;pondre &#224; la moindre sollicitation, la bo&#238;te automatique qui se laisse oublier, vous roulez,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;&#224; la sortie Girdwood, on ne voit rien de la ville, Le Navigateur parle des chercheurs d'or venus tenter l'aventure, ils croient &#224; la fortune au bout de leur sueur, bustes pench&#233;s sur le tamis, reins lourds des soirs sans p&#233;pite, mais toujours un grain de m&#233;tal pour prolonger l'espoir, une ville en est n&#233;e, des femmes y sont venues, des couples se sont form&#233;s, peut-&#234;tre pourrais-tu y situer la sc&#232;ne des noces, deux photos ressorties de l'album, l&#224; o&#249; a eu lieu une rencontre, l&#224; o&#249; ont sonn&#233; des cloches &#224; toute vol&#233;e, l'oiseau est venu fr&#244;ler la caryatide d'un nuage, c'est &#224; partir de l&#224; que s'offrent en panorama les glaciers de Chugach, leurs neiges r&#233;v&#233;l&#233;es par quelques scintillements, comme les aiguilles d'argent d'un m&#233;tronome en marche, ils battent la mesure sur le Prince William Sound, une baie, une figure bleut&#233;e courant dans le lacis de c&#244;te d&#233;coup&#233;e &#224; l'est de la P&#233;ninsule, une baie avec ses ramifications en branches de corail, les glaciers tr&#244;nent, comptent les mar&#233;es &#224; l'origine de cette usure crant&#233;e qui a creus&#233; le continent, la baie s'achevant en deux &#238;les qui font cl&#244;ture, comme deux trappes de flipper, ne se rejoignant jamais tout &#224; fait, elles laissent un espace dans lequel s'engouffrer,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;&#224; droite, &#224; pr&#233;sent, une plaine que vous longez, et vous scrutez la terre, mais elle, de givre, de sel, de cette suie &#233;trange qui est apparue, ne laisse rien passer, elle bloque la pousse d'une herbe, combien de temps lutter pour traverser la cro&#251;te, est quelque part dessous, oui, juste l&#224; sous la couche, cette plante indig&#232;ne qu'on trouve en Alaska et si on file au loin on la verra &#224; l'est de ce grand Saint-Laurent de fleuve au Canada, elle doit bien exister, vous ne la confondez pas avec la cig&#252;e de la m&#234;me famille, ce poison de la nuit noire n'est pas l'herbe si verte, promesse d'un paysage, se traduit du latin, &#171; maximum d'H&#233;rakl&#232;s &#187;, il en faut de la force pour triompher du sort, chez vous, dans votre argile, ressemble &#224; l'ang&#233;lique, la sauvage herbe &#224; fi&#232;vre, elle prot&#232;ge les enfants, et ils en ont besoin, c'est la berce qui affleure, gramin&#233;e qui fait champ, sa corolle de dentelle, on attend sa naissance, et vous le savez bien, juste quelques coups de pioche, votre obstination, la vie, vous n'avez pas l'outil pour ce lieu qui vous tient, vous faites votre racine, prise dans la semence, vous pointez votre t&#234;te contre la cr&#234;te de terre, vous poussez, vous poussez, vous le savez combien il faut insister et miser votre audace dans ce sortir &#224; l'air, que la branche s'&#233;clate, qu'elle tourne sur sa tige, qu'elle pousse ses trois m&#232;tres et elle va na&#238;tre bartsch, mot qui d&#233;signe cette herbe dans nos contr&#233;es d'Europe, embaume les midis comme le c&#233;leri en branche, a ce trembl&#233; des bords, mais ne pas s'y fier, la verte dont on parle a forme d'isoc&#232;le, en sa composition elle affirme le triangle, quand elle se multiplie, on ne voit plus que les feuilles, elle envahit les aires, elle va vivre, elle va vivre et puis vous respirez quand s'ouvre le regard, la paume offerte enfin, l'instant de mise au monde, la s&#232;ve en vous qui tremble, fr&#233;mit et se dilate, cette petite ti&#233;deur, elle coule dans vos veines, s'insinuent vos p&#233;tioles, s'&#233;panouissent vos limbes, la surface se d&#233;ploie, votre enti&#232;ret&#233; enfin, vous parvenez au jour, votre corps terrass&#233; par la pression terrestre, vous vous habituez, puis d&#233;couvrez leurs t&#234;tes, pench&#233;es sur le berceau, un couple et puis l'a&#238;n&#233;, qui pousse des cris de joie, esp&#233;rez le printemps mais elle, ne vous voit pas,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;figure de la mauvaise herbe, en trop, toujours en trop,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;ce son, c'est son klaxon, qui r&#233;sonne deux fois, il a enfin &#233;veill&#233; l'attention du Navigateur, qui se retourne, tiens, qu'est-ce qu'il fait si pr&#232;s, celui-l&#224;, il n'a qu'&#224; nous doubler s'il trouve qu'on ne roule pas assez vite, et vous tremblez, ce n'&#233;tait pas une illusion, il y a bien un v&#233;hicule &#233;trange qui se colle &#224; votre parechoc, &#234;tre deux &#224; voir le bus, &#231;a, la r&#233;alit&#233;, qu'il fasse sujet de conversation, et plus de doute, il existe,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; tu sais qu'il n'est pas une autre de tes visions et toi, lecteur, tu sais d&#233;sormais de quoi il retourne, quatre personnages dans une auto, un bus qui suit de pr&#232;s, &#224; &#231;a tu peux t'accrocher,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;la route vous absorbe, s'impose au paysage un pyl&#244;ne m&#233;tallique, qui enjambe la route, une ligne &#224; haute tension, ou plut&#244;t trois port&#233;es de lignes &#233;lectriques, espac&#233;es entre elles comme pour trois musiques jou&#233;es en parall&#232;le, ce sont des chevalets puissants qui les s&#233;parent, install&#233;s en &#233;tages, trois jeux &#224; trois, puis deux, puis une corde au plus haut, plus vous vous approchez, plus le g&#233;ant tressaille, quelque chose d'encore raide dans l'articulation, presque un adolescent &#224; l'allure gracile, mais le bassin s'anime, une silhouette d'acier dont les barrettes se meuvent, se d&#233;tachent des piliers, trois manches et puis des cordes, c'est sa &lt;i&gt;bass&lt;/i&gt; g&#233;ante qu'il joue le musicien, s'ensauvage dans le rythme et dans le d&#233;hanch&#233;, les fils d'acier qui giclent dans le m&#234;me mouvement, crainte d'attaque au lasso, mais comment reculer, cette synchronie que vous sentez venir, lui debout dans sa masse, effervescence &#224; bulles, &#231;a danse, et vous, hallucin&#233;e, qui passerez en-dessous, la ligne droite, la vitesse, &#231;a sourit, &#231;a agit, &#224; l'angle droit pr&#233;cis, vous toucherez le portail, vous craignez d'&#234;tre relative, insuffisante au solo, dans cette asym&#233;trie des perspectives, son ordonn&#233;e, votre abscisse, comment votre verticalit&#233;, vous ressentez les singularit&#233;s, la frayeur des mille volts et la mort imm&#233;diate, lui, debout, s'agitant, vibrant et insistant fait croire en la chaleur, plus forte que la douleur, et vous acc&#233;l&#233;rez, dans votre bruit-moteur, la quasi-certitude d'un coulissement possible, que chacun a la chose que l'autre voudrait bien, ce qu'on ne saurait fuir, quand les mots dans le r&#234;ve posent leur gibier de nuit, l&#224;, au pied du r&#233;cit, et chaque fois et sempiternellement, quoi que tu fasse, qui pour croire qu'on peut choisir son &#233;nergie, quand la tension se pr&#233;sente, &#234;tre assez fou pour foncer, qu'&#234;tre habitant de la presqu'&#238;le, c'est accueillir la force &#233;lectrique, &#231;a, m&#234;me au risque d'un coup de tonnerre, sur son toit sans paratonnerre, vous le fr&#244;lez enfin, passant dessous les c&#226;bles, et,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;retour brutal &#224; la r&#233;alit&#233;, il n'y a pas eu de musique, tout &#233;tait pr&#234;t, lecteur, mais le musicien n'a pas plaqu&#233; le premier accord, celui qu'on attend pour l'intro, le branchement d'une sono, sans le son,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;se concentrer sur la route, s'annonce Portage, et vous entrez dans Desolation Land, de part et d'autre du &lt;i&gt;highway&lt;/i&gt;, vous contemplez &#224; perte de vue un paysage de lune, un relief d&#233;chir&#233;, le r&#233;sultat d'un reflux, celui d'un tsunami, un raz-de-mar&#233;e qui s'est produit lors du tremblement de terre de soixante-quatre, quand l'eau de mer s'est retir&#233;e, juste un glacis d'arbres noirs, givr&#233;s par le sel de mer, imaginez sur plusieurs dizaines de kilom&#232;tres une for&#234;t de troncs d'arbres et de branches exsangues comme ces violettes blanchies, prises dans le sucre, cristallis&#233;es pour l'&#233;ternit&#233;, mais l&#224; sont noires, un souvenir qui ne s'efface pas, vous h&#233;sitez &#224; nommer ce que vous voyez, vous demandez au Navigateur, il dit juste ce que tu viens d'&#233;crire, tsunami, des vagues de cinq m&#232;tres, et vous voyez juste ce que tu viens de d&#233;crire, des gisants d'arbres couleur de bak&#233;lite,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; devant un tel paysage, perplexe, que peut-on devenir, g&#233;ologue, climatologue, oc&#233;anologue, analyste du chaos, th&#233;oricien des catastrophes, peut-&#234;tre juste po&#232;te, mais tu n'es pas po&#232;te, tu n'es rien encore, ton histoire jusqu'ici ne t'a pas appris que la v&#233;rit&#233; se cache dans l'esth&#233;tique, tu crois toujours qu'il y a va des faits, et, sous les faits, la r&#233;alit&#233;, et qu'il te faut la traquer, tenter de faire toute la lumi&#232;re, comprendre ce qui vous a amen&#233;e l&#224;, &#224; la mi-temps d'une vie, t'y tenir, surtout ne pas l&#226;cher, puis une sc&#232;ne vient, qui n'a pas exist&#233;, mais qui est authentique, quoi, un faux souvenir, une fiction ?, alors c'est &#231;a la po&#233;sie ?, un paysage suscit&#233; plus vrai que si tu y &#233;tais, que peut-&#234;tre dans le po&#232;me, la profondeur ferait surgir quelque chose qu'on n'aurait pas per&#231;u, vous aimeriez pouvoir arr&#234;ter la voiture, dire on attend, restons un peu l&#224; devant les paysages, ils vous fascinent, ainsi de toi ce p&#234;le-m&#234;le, mais le Navigateur ne vous laisse pas le choix, vous devez continuer la route, le village nous attend et, au port, la famille et le bateau de p&#234;che,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;vous, dont les lointains souvenirs de p&#234;che remontent &#224; votre enfance, en Suisse, au Pont, c'est le nom du lieu-dit, vous ne savez m&#234;me plus avec qui vous avez p&#234;ch&#233; cette premi&#232;re fois, c'est un mois de d&#233;cembre, au aurores, une tr&#232;s froide matin&#233;e, o&#249; le givre recouvrait les arbres, vous &#233;tiez debout, assistant au lent travail sur la mouche pour l'accrocher &#224; l'hame&#231;on, c'est l'homme qui est &#224; vos c&#244;t&#233;s qui proc&#232;de &#224; l'op&#233;ration, vous n'avez rien d'autre &#224; faire que de contempler cette partie de p&#234;che de truite &#224; la mouche, au lancer, dit le P&#234;cheur, tout vous est inconnu, qu'est-ce qu'une mouche, un moulinet, une canne, une &#233;puisette, une truite, le lancer, vous voyez ce mouvement du poignet qui donne &#224; sa canne l'allure d'un cornet tendu vers le ciel gris, vous regardez les objets autour de lui, sa bo&#238;te aux vingt mouches que vous l'avez vu confectionner la veille, ce matin, celle qu'il a choisie avec soin est grise et se confond avec la surface de l'eau, vous observez chaque mouvement et leur impact sur la rivi&#232;re, comment l'hame&#231;on p&#233;n&#232;tre le plan horizontal et se laisse tirer par le courant, comment l'homme laisse faire puis reprend la main, cet incessant chass&#233;-crois&#233; continu et discontinu, le style du p&#234;cheur, c'est &#231;a que vous comprenez, et tout &#224; cet autre que vous contemplez, vous ne ressentez pas ce froid jusqu'&#224; ce qu'il vous saisisse, comme &#233;manant de la v&#233;g&#233;tation, suintant de la terre, remontant le long de vos jambes, l'humide s'insinue sous vos couches de v&#234;tement et s'empare de vos membres, l'humide est un concept, il n'a pas de mati&#232;re, il p&#233;n&#232;tre sans en avoir le droit, quand on s'en rend compte, quand vous &#234;tes d&#233;j&#224; l&#224;, transie, et qu'il vous faut vous ressaisir, se scruter, t&#226;ter son corps &#233;teint, son c&#339;ur sans souffle, sa peau ferm&#233;e, vous &#234;tes dans la nasse, il est d&#233;j&#224; trop tard, peine perdue &#224; vouloir changer le cours des choses, enfin, non, mais le travail est lent qui r&#233;chauffe l'humidit&#233; gel&#233;e en nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;dans le r&#233;troviseur, le &lt;i&gt;bus &lt;/i&gt; toujours, mais vous d&#233;cidez de fixer la route,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; vous traversez un village, quelques maisons de bois pos&#233;es de &#231;i de l&#224;, bardeaux horizontaux, couleurs effac&#233;es du gris et du jaune p&#226;le, un changement d'atmosph&#232;re, ce n'est pas encore le port mais vous en approchez, l'odeur d'iode au reflet violet flotte dans l'air, manifestant la pr&#233;sence invisible de la mer, une trace plus puissante que son image, un appel, vous entrez dans sa zone d'influence, humez son bord qu'aucune c&#244;te ne dessine, ici commence l'oc&#233;an par le sens olfactif,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; la terre fossilis&#233;e qui courait dans ses tonalit&#233;s bronzes depuis des dizaines de kilom&#232;tres a c&#233;d&#233; la place &#224; un cama&#239;eu de vert et d'argent, refuge d'oiseaux, de mammif&#232;res, de poissons et d'insectes, la diversit&#233; des esp&#232;ces, vous aimeriez voler comme ces pygargues &#224; t&#234;tes blanches, qui viennent fr&#244;ler la surface de l'eau, les deux pattes en avant, comme s'ils voulaient freiner, images de la vie sauvage, vous &#234;tes dans le Wetland, le Navigateur d&#233;crypte ce que vous voyez, le comment d'un fermier luttant contre la cro&#251;te apr&#232;s le tsunami, a creus&#233; des &#233;tangs dans sa propri&#233;t&#233; sur des milliers d'hectares, en une trentaine d'ann&#233;es, l'a transform&#233; en ce paradis vert, qu'il l&#232;gue &#224; l'Alaska Wildlife Conservation Center, mais que conserve-t-on et qu'est la vie sauvage, quand elle est si r&#233;cente, cr&#233;&#233;e contre l'histoire et contre l'&#233;v&#232;nement, elle est un artefact, le paysage nature n'a rien de naturel, on naturalise le territoire, comme on naturalise l'&#233;tranger, une appropriation, une soumission aux r&#232;gles du regard, dict&#233;e par les conventions, la carte d'identit&#233; d'une vue estampill&#233;e, ici c'est l'Alaska, l'Alaska c'est comme &#231;a, la marque d&#233;pos&#233;e d'une fondation qui g&#232;re, &lt;i&gt;Our animals are our greatest ambassadors&lt;/i&gt;, m&#234;me la faune est un &#233;tendard, au pays d'eau et de verdure, et vous vous d&#233;solez, votre qu&#234;te du vrai, et quand tout n'est que &lt;i&gt;fake&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; il te faudra un jour quitter tes illusions, l'authentique, l'archa&#239;que, le plus ancien ne dure, tout est recompos&#233;, l'admettre une fois pour toutes,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; sur l'autoroute, un panonceau, Place River, depuis quelques secondes, les rythmes scandent en vous un tempo inconscient, le beat vous a gagn&#233;, deux, trois, un, deux trois, un, &#224; droite qui file au son mat du ballast un train marine et jaune et sa grosse Diesel, de l'Alaska Railroad, lanc&#233; &#224; grande allure sur le pont m&#233;tallique, qui enjambe la rivi&#232;re de ses bottes de sept lieues, des pilotis massifs &#224; chevrons boulonn&#233;s, la 3011 avance, charriant l'air devant elle, elle vous met dans sa course, couleurs et parall&#232;les, vous vous synchronisez sans m&#234;me y penser, la vitesse fait &#231;a, vous prendre dans son sillage, vous faire acc&#233;l&#233;rer, faire na&#238;tre comme un vertige d'invincibilit&#233;, d'humain devenu dieu &#224; qui rien ne r&#233;siste, votre corps se redresse, et c'est la Pacific qui revient en m&#233;moire, les fum&#233;es en gare, la vapeur en alerte, sa monstruosit&#233;, le film d'une mise en sons, la mise en sons d'un film, hommage &#224; cette pionni&#232;re qui fonda le tempo de l'&#232;re industrielle, ses deux roues de guidage, ses trois roues d'entra&#238;nement, et l'unique &#224; l'arri&#232;re, deux, trois, un, deux, trois, un, ext&#233;rieures au ch&#226;ssis de la locomotive, trois roues pour dire le train, le poids fait adh&#233;rence, deux, trois, un, deux, trois, un, les bielles accoupl&#233;es et les essieux moteurs, un piston &#224; la crosse et le bras va-et-vient se transforme soudain en mouvement circulaire, deux, trois, un, deux, trois, un, une technologie, sans m&#234;me qu'on y prenne garde, la voiture acc&#233;l&#232;re, la vitesse l'arrache &#224; la gravitation, on aime aller tr&#232;s vite, on aime le train d'enfer, l'humaine toute-puissance conquise par la technique, comment l'acier se forge, construit sa dynamique, vous lui appartenez en naissant dans ce si&#232;cle, prisonni&#232;re de l'&#233;lan qui fa&#231;onne la mati&#232;re, la fond et puis la moule, une symphonie en onde que pulse la cadence, les belles Trente et leur ronde, partout dans les maisons, un microsillon tourne, il faut bien la rythmique pour enchanter le monde, le progr&#232;s, vous vous habituez &#224; cette course-poursuite, mais d&#233;j&#224; votre monstre &#233;chappe &#224; vos ardeurs, plus rapide que vous, il vire dans cet arc qui casse la parall&#232;le, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; et vous d&#233;c&#233;l&#233;rez sans vous en rendre compte, et comme en sym&#233;trie, le bus en fait de m&#234;me, retour dans l'habitacle, derri&#232;re le pare-brise votre corps rapetisse, que faire contre ce double, ralentit quand l'auto ralentit, acc&#233;l&#232;re quand vous acc&#233;l&#233;rez, il s'est scotch&#233; &#224; vous, vous r&#234;vez tout &#224; coup d'arracher le sparadrap, d'un coup sec, de le faire caler en freinant brutalement, de vous enfuir tr&#232;s vite, mais crainte d'un accident, alors ne faites rien, impuissante, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; c'est le g&#233;missement du petit dans son r&#234;ve qui vous sort de vos pens&#233;es, vous regardez J. dans le miroir int&#233;rieur, vous passez votre main entre les si&#232;ges, vous la posez doucement sur sa jambe, il ouvre les yeux, baille, fait ce geste des mains qui frotte les paupi&#232;res, les deux coudes de doigts juste sous les sourcils, trace d'enfance, vous vous rem&#233;morez cette premi&#232;re fois o&#249; vous l'avez vu faire, et de cette &#233;motion qui vous avait saisie &#224; voir l'innocence dans ce geste d'adulte, &#224; pr&#233;sent vous n'y sentez plus qu'une indiff&#233;rence qu'il montre ainsi aux autres, sensation qu'il jouit de sa compl&#233;tude, comme un dos rond qui ne s'interroge pas sur pourquoi il est rond et pourquoi il est dos, il est dos rond plus qu'il ne le fait, ne reste en cet instant que la certitude d'un plus clos que vous,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; alors vous regardez au-del&#224; sur la route le bus qui vous suit et remarquez la min&#233;ralogique dans une langue inconnue, sa plaque kabbalistique, des lettres sans aucun chiffre, &#224; peine pronon&#231;ables, un code &#224; d&#233;crypter, vous notez mentalement la succession graphique, et elle vous entra&#238;ne, d&#233;coder, d&#233;coder, et puis &#231;a se m&#233;lange, quel message s'&#233;crit comme &#224; vous destin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; vous arrivez &#224; l'intersection de la route de Hope et du &lt;i&gt;Seward higway,&lt;/i&gt; le Navigateur vous appelle, on va s'arr&#234;ter pour voir Scenic Viewpoint, vous vous rangez sur une aire goudronn&#233;e, vous &#234;tes &#224; Sixmile Creek, le Petit s'est r&#233;veill&#233;, les porti&#232;res s'ouvrent en grand et claquent dans le matin, en sortant de l'auto vous saisit un air froid, &#224; la suite du Navigateur et de J. qui porte le Petit sur ses &#233;paules, vous gravissez un sentier trac&#233; dans les fourr&#233;s, le r&#234;ve de la nuit, entam&#233; non termin&#233;, boursouffle votre esprit, vous marchez ainsi dans un &#233;tat second, et vous d&#233;bouchez sur une plateforme, longue-vue sur un pi&#233;destal, table d'orientation en c&#233;ramique, banc de bois brut, panonceaux en couleur, une photo, un dessin, une publicit&#233; aussi, que contempler sinon la mus&#233;ographie d'un paysage, son cartouche, qu'attend-on l&#224;, sinon de surprise le cri, un &#233;crin pour faire entendre la voix humaine s'&#233;merveillant, c'est beau, vous relevez la t&#234;te et la temp&#233;rature se r&#233;chauffe, ce rayon de soleil sur votre joue, vous entendez le bouillonnement d'une cascade, et le Petit dit, je vois, je vois, vous, votre r&#234;ve vous turlupine, Scenic Viewpoint, une sc&#232;ne &#233;rotique, &#224; cet instant vous ignorez encore le torrent et son mouvement organique, vous en &#234;tes voisine, et le son vous suffit, vous devinez un canyon plus bas, la brume blanche, le brouhaha des flots, la trace d'un kayak et sa maestria, gymkhana dans les roches se jouant des rapides, et l'id&#233;e vous suffit, cette vapeur d'eau dans l'air, et &#224; l'invite de J., qui vous fait signe de le rejoindre, vous r&#233;pondez, excuse-moi, vous rejoindrai plus tard,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; votre regard est attir&#233; par un portique de bois gris&#233;, de ces pins pass&#233;s &#224; l'autoclave, imbib&#233;s de sels m&#233;talliques, chauff&#233;s, ass&#233;ch&#233;s, prot&#233;g&#233;s, qu'on laisse vieillir sans entretien, dont les couleurs rejoignent dans le temps le cama&#239;eu des feuilles, sa structure faite de rondins de pin mal &#233;quarris, crois&#233;s l'un sur l'autre &#224; la fa&#231;on de ces cabanes de trappeurs, il dresse comme un totem aux bords biseaut&#233;s, la st&#232;le d'un drapeau, huit &#233;toiles jaunes sur un fond myosotis, les sept stars du grand charriot et la proche Polaire, et ce qui vous &#233;tonne, c'est qu'elles forment &#224; l'envers comme le reflet dans l'air de l'Etat d'Alaska avec en chapelet ses &#238;les al&#233;outiennes, la Grande Casserole et son manche cisel&#233; dans la cuisine c&#233;leste fait miroir invers&#233;, on dit qu'un enfant en a r&#233;alis&#233; la d&#233;calcomanie, d'un positif aurait refait le n&#233;gatif, et que dans son esprit de petit autochtone, fils d'un Su&#233;dois et d'une Russe al&#233;oute, s'agit d'un caribou, un caribou dor&#233;, un symbole de force parce qu'il est permanence, l&#224;-haut dans la nuit affich&#233;e, la b&#234;te circumpolaire qui jamais ne se couche, toujours fid&#232;le au poste m&#234;me si de mille mani&#232;res, aux heures des saisons la figure s'anime, tourne autour de l'Etoile, change de position, une lanterne magique, vous imaginez que le gar&#231;on a saisi au crayon l'instant de jouissance du cheval &#224; ramures, juste avant le sommeil, quand l'animal se dresse, une fiert&#233;, est debout comme un homme sur ses pattes de derri&#232;re, et porte &#224; son z&#233;nith sa ramure virile, sa t&#234;te redress&#233;e pour la tra&#238;ne d'archipel, c'&#233;tait lors d'un concours ouvert dans les &#233;coles, il fallait un drapeau du nouveau territoire, pas encore un Etat, on se cherchait un mythe, on trouve un orphelin, du Jesse Lee Children's Home, sur cette passe &#233;troite d'une &#238;le sous Kena&#239;, terre des chasseurs de phoques, qu'on nomme Unalaska, que r&#234;ve le jeune gars, loin de barabara, sa maison souterraine qu'il a fallu quitter &#224; la mort de sa m&#232;re, elle lui tenait si chaud, &#224; quoi r&#234;ve le gar&#231;on si loin d'Alma Mater, la d&#233;esse &#224; l'&#339;il d'or, sinon au caribou qui tourne autour d'elle cherchant comment grandir, et comment le temps passe dans l'enfance des jours, et comment on le compte,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; tu reprends les mots &#224; l'&#233;cran, les treize mois autochtones, Temps du Soleil Possible, Il Monte Plus Haut, Naissance Pr&#233;matur&#233;e Des Phoques, Temps Des Phoques, Temps Des Phoques Barbus, Mise Bas Des Caribous, Temps Des &#338;ufs, Temps De La Mue Des Caribous, Poil Des Caribous, Poil Des Caribous S'Epaissit, Temps Du Duvet De La Ramure Des Caribous, L'hiver Commence, P&#233;riode O&#249; Les Nouvelles S'Echangent, La Grande Noirceur, ces &#233;tats de nature dans leur bifurcation,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; qu'elle est longue l'enfance, qu'elle p&#232;se ses malheurs, ici dans l'&lt;i&gt;orphanage&lt;/i&gt;, face l&#224; sur cagibi, sans porte, ni fen&#234;tre, qu'elle est longue l'enfance &#224; esp&#233;rer la belle, on dit que le jeune homme a gagn&#233; mille dollars et une montre grav&#233;e pour prix de son dessin, et sans doute la fiert&#233; d'avoir cr&#233;&#233; l'image, qu'&#224; terre toute sa vie, il r&#234;va des nuages, m&#233;canicien d'avion, il finit son destin dans les bras d'une fillette rencontr&#233;e au Jesse Lee, que toute sa vie durant il re&#231;ut des hommages et qu'il f&#251;t un symbole, Benny Benson, nomm&#233; fils pour toujours, le sort des orphelins,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; et vous pensez &#224; J. et son choix diff&#233;rent, qu'est-ce qu'un p&#232;re qui manque trace d'un autre chemin, quels indices de l'enfance entr&#233;s pr&#233;pond&#233;rants, &#231;a tord le chagrin, &#231;a envahit la t&#234;te, toutes ces choses secr&#232;tes dont il ne parle pas mais qui p&#232;sent qu'il emporte avec lui tout au bout de la terre et que vous ne saviez pas,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; un bruit dans les buissons et vous tournez la t&#234;te, vous observe &#224; dix m&#232;tres un &#233;cureuil qui fuit quand vous le regardez, mais le Navigateur vous attire, vous presse vers le panorama, le drap&#233; des chutes d'eau, vous explique le pliss&#233; de cette zone ancienne et sa g&#233;ologie, comment les Flyschs, un mot de vos anc&#234;tres qui signifie &#171; couler &#187;, qu'on trouve ici aussi, surgissent du plus profond, les s&#233;diments, les roches de gr&#232;s, les schistes argileux repli&#233;s en canyon, lanc&#233;es l'une contre l'autre, la plaque de Kula, -le mot des Al&#233;outes pour dire &#171; tout disparu &#187;, langue vernaculaire, de quel savoir ancien tenaient leur th&#233;orie-, venue de l'oc&#233;an s'enfon&#231;ant peu &#224; peu sous celle du continent, la &#171; nord-am&#233;ricaine &#187;, quarante millions d'ann&#233;es pour ce paysage-l&#224;, comment la lithosph&#232;re cogne et cogne sur cette terre, sur vingt millions d'ann&#233;es se glisse sous la roche la for&#231;ant en dur&#233;e, l'&#233;nergie du magma poussant et fabriquant les strates des continents dans le monte-et-descend de ce tapis roulant, ces quelques centim&#232;tres &#224; chaque ann&#233;e qui passe, rien qu'un homme de Grande Terre debout depuis toujours ne puisse voir en une vie, t&#233;moin du changement et ce qu'il en transmet, la plaque disparue, rien que des scientifiques pench&#233;s durant cinq si&#232;cles sur la cro&#251;te terrestre, Abraham Ortelius, Alfred Wegener, Jean Goguel, Arthur Holmes, Harry Hess et tant d'autres, ne puissent d&#233;crypter, d&#233;rive des continents, dans l'oc&#233;an cach&#233;e la dorsale, la faille, naissance d'une th&#233;orie, la tectonique des plaques,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;comme en toi, subduction des histoires, des techniques, la lutte pour que ce texte, la danse des personnages, et le r&#233;cit te tremble, jamais stable, les sc&#232;nes fantastiques, les horizons qui tra&#238;nent, le Nord, le Sud, chaud et froid sur la glace, et tu fonds dans les mots, magma que toi, l&#224;, qui charrie ce que veut, et vous abandonn&#233;e &#224; ne savoir que peu, dans ce tohu-bohu,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; remontant vers le parking vous apercevez la masse sombre du &lt;i&gt;bus &lt;/i&gt; qui s'est gar&#233;, pas de mouvement &#224; l'int&#233;rieur, vous ne voyez que ses vitres fum&#233;es, et vous pensez &#171; bo&#238;te noire &#187;, m&#234;me si vous le savez les bo&#238;tes noires sont oranges, couleur destin&#233;e &#224; ce qu'on les retrouve, vous n'en avez jamais ouvertes, &#171; bo&#238;te noire &#187;, ignorance de ce qu'il se cache &#224; l'int&#233;rieur, on dit que s'y trouvent des enregistrements, des sons et des donn&#233;es, qui disent les derniers instants d'un avion &#233;cras&#233;, comme un arr&#234;t d'image, et juste avant le crash, allo papa, ce qu'il s'est pass&#233; s'est d&#233;roul&#233; ainsi, un tango sinistre, &lt;i&gt;Mayday, Mayday&lt;/i&gt;, la conversation de Charlie &#224; l'int&#233;rieur du cockpit, &#224; l'instant de la fin, enfin, &#224; celui qui pr&#233;c&#232;de, comment d&#233;couvre-t-on le livre obscur apr&#232;s un accident, en morceaux, &#233;clat&#233; dans la chute, on dit que le bo&#238;tier ne fait pas de d&#233;bris, que, seul, il r&#233;siste au grand choc, qu'on le range &#224; dessein au fond de l'appareil, choix n&#233; des statistiques, on calcule qu'&#224; cette place les pi&#232;ces les moins d&#233;truites, celles qui tombent de l'arri&#232;re, leur chance est plus &#233;lev&#233;e qu'on les retrouve intactes, et m&#234;me si on le cherche parfois de longues p&#233;riodes, l'enregistreur perdure, &#8212; sa m&#233;moire engramm&#233;e, parce que reste ce qui p&#232;se en elle &#8212;, programm&#233; pour six ans et prot&#233;g&#233; des flammes, du gel et m&#234;me de l'eau, et s'il ne pr&#233;vient pas l'&#233;v&#233;nement ni ne console des cons&#233;quences, envoy&#233; valdingu&#233; comme les autres, il est utile a posteriori, t&#233;moin indispensable promis au dernier mot, ce qui ne vous explique pas pourquoi ce bloc ferm&#233; du &lt;i&gt;bus&lt;/i&gt;, l'impression d'un myst&#232;re, une histoire cadenass&#233;e qu'on regarde fascin&#233;e sans pouvoir rien y faire, vous n'essayez m&#234;me pas de cogner &#224; la porte, sachant d&#233;j&#224; que l'on n'ouvrira pas, jetant un dernier regard inutile autour, vous finissez par rejoindre le 4x4, en murmurant, ne te demande pas pourquoi ce &lt;i&gt;bus &lt;/i&gt; cherche &#224; te troubler, demande-toi comment faire pour que ce trouble ne t'emp&#234;che pas d'avancer, c'est &#224; ce moment-l&#224; que la porte du &lt;i&gt;bus &lt;/i&gt; s'entrouvre, que vous voyez l'homme au volant, tignasse blanche, yeux pliss&#233;s, grand sourire, il vous a fait un signe, vous avez d&#251; mal voir, alors vous restez l&#224;, jusqu'&#224; ce qu'il referme dans un bruit pneumatique la porte de verre opaque, mais c'&#233;tait bien un signe, ou n'est-ce que pour jouer,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; pour remonter sur l'autoroute, la pente est raide, avant de bifurquer, vous freinez, le Navigateur a touch&#233; votre bras, si tu veux, on pousse jusqu'&#224; Hope, il sera l'heure d'un breakfast, O'Malley fera l'affaire, devant la vitrine du snack-bar, vous ne choisirez pas ces &lt;i&gt;dougnuts &lt;/i&gt; au dais blanc sucr&#233; sous leur cloche de plastique, pas de &lt;i&gt;fried eggs&lt;/i&gt; non plus, et non pas de &lt;i&gt;bacon&lt;/i&gt;, juste un caf&#233;, n'avez jamais support&#233; l'irruption du grill&#233; le matin, ni du gras, ni du cuit, le Petit matin est &#224; la vapeur chaude, au bitter, le temps de refaire l'unit&#233;, &#231;a prend du temps de faire l'unit&#233;, on s'installe &#224; une table au centre du snack-bar, plateaux pos&#233;s devant chacun, le Petit est bien r&#233;veill&#233; &#224; pr&#233;sent, il mange, ses dents, ses yeux, ses doigts, tout &#224; l'activit&#233;, il d&#233;vore, O&lt;i&gt;ne more cup of coffee for the road&lt;/i&gt;, la serveuse s'est approch&#233;e, portrait striures jaunes et blanches &#224; la Hopper, cadr&#233;e en biais, sa poitrine se tend vers vous, esquisse un pas de danse sur l'air qui passe sur le juke-box, Carole King, &lt;i&gt;I feel the earth move under my feet&lt;/i&gt;, y jetant un &#339;il, vous apercevez le conducteur du &lt;i&gt;bus&lt;/i&gt; qui en revient, ne l'aviez pas vu avant, vous comprenez que c'est lui qui a mis un jeton dans la machine et a choisi le titre, pour aller s'asseoir il fr&#244;le votre table, carrure de b&#251;cheron en chemise &#233;cossaise, casquette blanche sur la t&#234;te, il s'installe derri&#232;re J., vous regarde dans les yeux, c'est l'intro en trois notes plaqu&#233;es sur le piano, cette fa&#231;on de scander et de mettre en suspens, le mot de passe sur les touches et &#231;a vous avertit, mais de quoi, et c'est la pulsation, une promesse, Lady Day se rapproche, d&#233;j&#224; pr&#234;te &#224; chanter, &lt;i&gt;I feel the earth move under my feet&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;move &lt;/i&gt; sur sa bouche, comme un baiser d'entr&#233;e, &lt;i&gt;I feel the sky tum-b-ling-down&lt;/i&gt;, le vertige quand la terre se d&#233;robe, on le sent, l'homme bat la mesure, la serveuse, sa cafeti&#232;re au-dessus de vos tasses, acquiescez de la t&#234;te, et le rouge sur vos joues, J. qui vous d&#233;visage, la belle Ella vous h&#232;le, &lt;i&gt;Where do you come from&lt;/i&gt; ?, &lt;i&gt;From France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Oh yeah, you mean Olympic Games&lt;/i&gt;, elle chante dans la voix, &lt;i&gt;Yes, Albertville&lt;/i&gt;, le mot qui fait clef, &#231;a qu'ils connaissent ici, la France r&#233;duite &#224; sa piste de ski, et on descend tout schuss, pench&#233;s genoux pli&#233;s, on y va tout franco, sans &#233;viter les bosses, nous les Fran&#231;ais en combi dans la blanche, et la &lt;i&gt;blues woman&lt;/i&gt; de rire, elle s'en va servir l'homme, elle n'est pas dupe, elle sait quelque chose de vous, elle a ce geste des &#233;paules en rythme, on m&#232;ne deux &lt;i&gt;songs &lt;/i&gt; &#224; la fois, la conversation, mais les mouvements disent autre chose, elle a jet&#233; un &#339;il &#224; celui qui vous fixe et aussit&#244;t s'est tourn&#233;e vers vous, &lt;i&gt;I just loose control down to my very soul&lt;/i&gt;, nos corps racontent en douce, &lt;i&gt;break&lt;/i&gt;, le solo de saxo, chevauchements, puis celui de guitare, se conjuguent terre et ciel, pas r&#233;sister, &#231;a fr&#233;mit puis &#231;a secoue en vous, J. &#224; pr&#233;sent vous scrute, vous l'esquivez, mais ce faisant croisez le regard de l'homme toujours fix&#233; sur vous, le Navigateur se met aux fourchettes sur la table, &lt;i&gt;All over, all over, yeah&lt;/i&gt;, la respiration semble s'&#233;teindre sur la platine, presque un silence, puis la musique repart, fr&#233;n&#233;sie, le Petit se met &#224; rire en voyant le Navigateur, il l'imite, il tape la cadence avec ses mains, ses yeux brillent, pas ceux de J., &lt;i&gt;I feel the earth move under my feet, I feel the sky tum-b-ling down, tum-b-ling down&lt;/i&gt;, &#231;a frappe une fois, deux fois, la batte marteau qui cogne le cul de la grosse caisse, l'insistance des sens, et puis les tr&#233;molos, Carole, cette cascade, quand la musique est bonne, et puis le tempo casse, syncope, J. se l&#232;ve et il paie, comme &#231;a qu'on part, et vos yeux comme fix&#233;s &#224; l'arri&#232;re de la t&#234;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; en sortant, vous remarquez, parqu&#233; sur le bord du trottoir derri&#232;re la Range Rover, un pick-up rouge, il a l'aile compl&#232;tement enfonc&#233;e, vous la regardez obstin&#233;ment, vous contemplez les angles d&#233;faits, les couleurs fondues au gris, pas vraiment un trou, mais un crat&#232;re pliss&#233; sans fond apparent, qui comprend aussi le phare, m&#234;me si prot&#233;g&#233; de deux barres, enfonc&#233;es aussi les barres, enfoncement g&#233;n&#233;ral de l'angle avant gauche de la voiture, un signal en vous, effac&#233; d&#233;j&#224;, le Navigateur vous a vu fixer la camionnette, pas rare qu'on se cogne aux rennes ici, ils traversent, sont happ&#233;s par les phares et boum, tu casses ton moteur, lui a eu de la chance, a juste heurt&#233; de l'aile, devait pas rouler vite, ce serait un renne, perte de toutes les pertes, un renne charmant aux bois rac&#233;s, ou une femelle, une d&#233;licate femelle, ou une biche, c'est pareil, de ces animaux qui sautent et ne pensent pas, qui fixent l'auto et au lieu de fuir s'immobilisent, arr&#234;t&#233;e dans l'exacte halo des phares, et dans l'instantan&#233;, elle, prise au vol, jet&#233;e plus haut encore,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; vous marchez sur le trottoir en planches, vous percevez en &#233;cho de vos pas le bruit que fait l'homme derri&#232;re vous, le cuir de ses &lt;i&gt;frye boots&lt;/i&gt;, le son mat des semelles sur le trottoir clout&#233; en caisse de r&#233;sonance, devant vous qui vous &#233;tonne l'arch&#233;ologie de la &lt;i&gt;mainstreet&lt;/i&gt;, tout est si proche de la for&#234;t ici, une g&#233;ographie du pionnier, l'abattage des arbres perceptible dans les planches des fa&#231;ades, &#233;quarrissage du bout de la serpe, la s&#232;ve parfumant l'air, jusqu'aux cageots de l&#233;gumes &#224; l'&#233;tale du &lt;i&gt;grocer&lt;/i&gt;, tout fait bois, ne manque que le ballast, cette sc&#232;ne est l'exacte figure de la premi&#232;re fois la ville, sculpt&#233;e dans son &#233;conomie de peu, du b&#251;cheron au menuisier, ne manque que l'&#233;b&#233;niste, la sobri&#233;t&#233; des cent-quarante pas qui font se rejoindre nature et culture pour une transformation sous toutes les formes attendues, bien avant les paysages de fer,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; et en vous retournant, ne voyez que sa nuque, son corps un peu pench&#233; dans le sens oppos&#233;, il porte sa besace et semble si lointain, mais qui suit qui enfin,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; dans la rue du trappeur, vous &#234;tes saisie par l'aspect brut des lieux, vous pensez le mot &#171; viril &#187;, le lieu viril, o&#249; il faut du muscle et puis du nerf pour tracter jusqu'ici et hisser les parois, le toit et la configuration d'une base humaine, l'accueil des femmes et dans le m&#234;me temps le jeu de s&#233;duction, que vous ressentez aux regards effront&#233;s, aux commentaires et apart&#233;s, les filles laissent &#233;chapper des rires, les gar&#231;ons s'approchent un peu trop pr&#232;s, c'est l'&#233;bauche de la ville, viens par ici, petite, on va te montrer le n&#339;ud du monde, tu vas le conna&#238;tre bibliquement, vous aimeriez vous retourner, vous approcher de l'homme qui marche &#224; pr&#233;sent &#224; distance, mais vous n'osez pas, rest&#233;e l&#224;, interdite, vous n'avez que son regard droit dans vos yeux qui vous obs&#232;de encore, y aura-t-il un jour, une heure, &#224; cet instant, vous poussez la porte d'une boutique, vous cherchez un pr&#233;sent &#224; faire, vous pr&#233;parez le moment du troc, ce qui pourra toucher ces gens qui vous attendent au port, vous prenez quelques bouteilles, &lt;i&gt;brandy, root beer&lt;/i&gt;, un jeu de cartes aussi, vous imaginez qu'il en faudra jouer durant la croisi&#232;re, choisir un cadeau pour eux, vous ne savez pas ce qui pourra leur plaire, pour engager le lien durable, r&#233;pondre &#224; l'hospitalit&#233;, pour ces amis que vous ne connaissez pas, que le Navigateur voudra vous pr&#233;senter,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; les autres vous attendent, il vous faut repartir, rejoindre le v&#233;hicule, vous marchez droit devant, tout est lisible et simple, quand votre pied s'effondre sur la terre battue, le trottoir ici s'est interrompu, et vous, vous tr&#233;buchez, une ruelle inconnue &#233;tait l&#224; qui guettait, c&#244;t&#233; gauche comme l'enfance, &#224; quel &#226;ge de l'infante naissent les jeux interdits, vous y &#234;tes, un sentier qui sent fort les humeurs, encadr&#233; des c&#244;t&#233;s de maisons aux murs sales, le sombre vous attire, le passage vous aspire, un souffle fait trembler vos l&#232;vres entrouvertes, engagement du corps en marche somnambule, les fant&#244;mes de l'esprit ont envahi la ville, vous &#234;tes devenue &lt;i&gt;girl&lt;/i&gt;, l'invit&#233;e du saloon qui dans la nuit avance, livre-moi ta mati&#232;re, tes images int&#233;rieures, elle longe les fa&#231;ades borgnes en qu&#234;te de ce point &#224; l'autre extr&#233;mit&#233;, au bout de la venelle le halo d'une poursuite en &#233;claire le seuil, elle, prise dans la robe de taffetas moir&#233; rouge qui entrave sa marche, la beaut&#233; prisonni&#232;re, ce poids sur les hanches des jupons en bataille, comme une peau d'apparence qui fait aussi structure, les bas &#233;pais qui masquent jusqu'aux jarreti&#232;res les jambes, cet arr&#234;t &#224; mi-cuisse si pr&#232;s du saint des saints, le corset lac&#233; noir dont chaque sillon s'imprime, un miroir en r&#233;v&#232;le comme en mirage le soir les chairs marqu&#233;es &#224; vif sur la surface laiteuse, et puis un calicot pour la beaut&#233; du mot, si serr&#233; lui aussi, qu'ils dressent la silhouette en &#233;pure de la belle, un sablier d'airain, ses seins emprisonn&#233;s dans la guipure blanche, ce volant en ruch&#233; de dentelle sans mousseline, tiens, prends donc ces tissus qui irritent la peau, forge-t-on le froid-chaud dans les tissus mauvais, traces du manque d'attention, maman, &#231;a gratte, l&#224;, le r&#234;che, une sensation qui dure, na&#238;t ainsi le plaisir qui se glisse &#224; l'endroit du plus fort d&#233;plaisir, allumez les lanternes, vous allez arriver, elle pousse les deux vantaux de lattes parall&#232;les, l'espace lui appara&#238;t en tentures enflamm&#233;es, les appliques dor&#233;es ornant le cramoisi, et c'est le brouhaha, le vieux pianiste entra&#238;ne les rouleaux perfor&#233;s, il pousse du bout des pieds des p&#233;dales pneumatiques, tire sur ces leviers pour donner la rythmique, les voix d'hommes qui appellent, elle rejoint les tables, et c'est le rouge aux joues qu'elle se fait caresser, sans qu'elle y prenne garde, le ragtime d&#233;robe la pens&#233;e int&#233;rieure, et c'est &lt;i&gt;Oh, Suzannah,&lt;/i&gt; elle sent la chaleur et l'odeur de l'alcool, le breuvage malt&#233; qu'elle sert dans les verres, elle ne s'appartient plus, &lt;i&gt;Oh, Suzannah, don't you cry for me&lt;/i&gt;, et elle ne pleurera pas, les mains accapareuses, elle ne se sauve pas, les yeux d&#233;shabilleurs, elle ne se sauve pas, les bouches d&#233;robeuses, elle ne se sauve pas, elle a perdu pudeur et toute timidit&#233;, quelle voix pour vous souffler dans ce tohu-bohu l'attitude et les mots, elle est fondue au rouge, se p&#226;me dans le noir, elle se fait dissoudre dans la promiscuit&#233;, son impavidit&#233;, une chape du flou, quand on ne se pense plus, qu'on &#233;chappe &#224; soi-m&#234;me, elle entre dans l'acquiescement aux offres en tous genres, aux murmures, aux figures obsc&#232;nes, aux rictus qui la traquent, la descente aux enfers est-elle une promesse, et combien d'esp&#233;rances viennent aux princesses quand elles montent sur la sc&#232;ne et qu'elles se laissent faire, o&#249; a-t-elle donc appris ce sourire en coin, la moue en attente, la langue sur les dents, l'ondul&#233; de l'&#233;paule, ce buste qui se soul&#232;ve, ce coup de reins soudain, les clich&#233;s de leur r&#226;le en vous d&#233;j&#224; pr&#233;sents, une m&#232;che de cheveux qui glisse du chignon suffit &#224; allumer les lampions chez cet homme, ce sera celui-l&#224;, vous &#234;tes nue d&#233;j&#224; et les bras relev&#233;s faites offrande du tout, un visage vous fourgue une langue dans la bouche, vos yeux s'en agrandissent et c'est le grand parcours des centim&#232;tres carr&#233;s, chaque pore r&#233;chauff&#233;, sensuelle d&#233;couverte et le tutti frutti de ce qui vient p&#234;le-m&#234;le, le jeu s'est r&#233;p&#233;t&#233; durant toutes ces ann&#233;es, un jour avez compris que vous &#234;tes Marguerite et que vous &#234;tes le ma&#238;tre, enfin dans ce jeu-l&#224;, Jeanne qui rit, Jeanne qui pleure, la madr&#233;e aux deux bouts, vous contr&#244;lez le tout, qu'on vous pince, qu'on vous fouette, c'est vous, l'Alabama, et c'est vous le banjo, le cow-boy et la fille, et m&#234;me le pianola et les cartons perc&#233;s, l'&#233;toffe qui &#233;touffe, les phrases qui d&#233;shabillent, l'enfance en partition pour &#233;viter le pire, l'enfant en chef d'orchestre pour jouir du meilleur, mais le c&#339;ur qui vous touche est &#224; venir encore, et soudain vous r&#233;veille l'&#233;lectrique tremblement de votre mall&#233;ole, une trace d'ancienne chute, et reviennent scander des slogans dans la t&#234;te, la voix de ces fant&#244;mes qui s'invitent au parcours, &lt;i&gt;Loneliness, loneliness&lt;/i&gt;, faut-il continuer, sans l'avoir d&#233;sir&#233;, vous heurtez un homme avachi sur le sol, un &lt;i&gt;beggar,&lt;/i&gt; il vous h&#232;le, vous ne comprenez pas et tentez de r&#233;pondre, vous bredouillez la langue, il s'&#233;nerve, vous insulte, vous prenez peur et vite vous rebroussez chemin, vos yeux se sont rouverts, retour &#224; la &lt;i&gt;mainstreet&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; cette fois, J. se glisse aux c&#244;t&#233;s du Navigateur, vous &#234;tes derri&#232;re avec le Petit, qui ne parvient pas &#224; mettre sa ceinture, vous la bouclez doucement, geste de s&#233;curit&#233;, geste d'amour, il se laisse faire, il vous regarde en souriant, maman, j'aime bien ici, vous nichez votre t&#234;te dans son cou, poussez un peu en bougeant et lui rit, tu me chatouilles, il vous saisit les cheveux, tu sais, maman, je vais p&#234;cher un gigantesque saumon, tu vas voir, grand comme &#231;a, il d&#233;gage ses bras pour vous montrer, vous lui chantonnez en murmurant &lt;i&gt;one, two, three, King Salmon, four, five, six, Blue Salmon&lt;/i&gt;, une comptine, mais vous arr&#234;tez en chemin, boule dans la gorge, c'est quoi la diff&#233;rence entre un King Salmon et un Blue Salmon, maman, y en a pas, mon ch&#233;ri, y en a pas, vous pensez &#224; ce l&#233;ger pli au creux que vous d&#233;couvririez, la bouche pos&#233;e sur lui, le musc, le vertige, vous r&#234;vez du corps de l'homme, un fantasme,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; vous relevez la t&#234;te et regardez sur le c&#244;t&#233; les lignes &#233;lectriques, leurs poteaux, la tension des fils et leur tressautement, le d&#233;fil&#233; presque filmique de chaque segment s'ench&#226;ssant l'un dans l'autre, et parfois d&#233;crochant, un oiseau passe que vous ne connaissez pas, cette bordure de voie en l'air, l'exacte d&#233;limitation du champ &#224; parcourir, vous ne pouvez aller ailleurs, l'&#233;lectrique borde votre possibilit&#233;, la rue, la route &#224; pr&#233;sent, le 4x4 est sorti du village, le paysage a pris la marque du vent, les troncs pench&#233;s, les v&#233;g&#233;tations en g&#233;nuflexion, le galbe, ils ont beaucoup pli&#233;, ils ont beaucoup subi, ils ont beaucoup marqu&#233; le temps, les arbres et puis les buissons, comme assoupis, tandis qu'au loin de fiers conif&#232;res ne se posent pas de questions, ils tr&#244;nent, ils ont la mine alti&#232;re, ind&#233;fectible, mais ils ne vous touchent pas,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; la t&#234;te contre la vitre, vous apercevez au-del&#224; du foss&#233; et de ces gravillons qui jonchent le bord de route une plaine au gazon raz filant vers le plan gris, d'o&#249; se d&#233;tachent &#224; pr&#233;sent quatre vasques d'acier au jaune piqu&#233; de rouille, gonfl&#233;es de sable blond, sont venues se planter dans une sym&#233;trie de monument moderne, s&#233;rie de colonnades qui soutiennent un autel, &#233;rection de statues que les hommes construisent contre les vents violents, ceux qui s'acharnent rompus &#224; leur sort de souffler, &#224; l'&#233;chelle m&#233;tallique qui fait se joindre la terre &#224; l'une des h&#233;misph&#232;res, croyez qu'un bras tendu, quelque chose d'un salut de la gl&#232;be au silice, relie le reliquaire au sol qui l'a fait na&#238;tre, un attachement, un lien, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;le silence dans l'auto, quatre personnages se taisent, seul le bruit du moteur, et toi, lecteur, t'ai-je perdu, la route a-t-elle raison de toi, comme elle de moi, parfois ce sentiment d'infinie langueur dans le grand paysage, on est passive, et puis l'instant se creuse, une curiosit&#233;, des questions, l'&#233;tonnement, et la vie vous revient,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;la voiture a rejoint le &lt;i&gt;highway&lt;/i&gt;, celui qui m&#232;ne tout droit aux nappes de &lt;i&gt;Trail Lakes&lt;/i&gt;, un double lac, un huit &#224; la surface de miroir gris&#233;, m&#233;ditation, le chiffre, ses boucles allong&#233;es, dans la conjugaison l'Upper et le Lower, deux corps articul&#233;s d'un trait d'union entre eux, un bras d'eau, l&#224; s'installe un village plant&#233; sur pilotis, dans le r&#233;tr&#233;cissement qu'on appelle Moose Pass passent les caribous, mais vous n'y &#234;tes pas encore, le brouillard s'est tendu au-dessus de l'Upper Lake, ou peut-&#234;tre juste une brume, un stratus allong&#233; qui masque l'horizon, fr&#233;missement de voiles blancs, et puis le g&#233;missement dans le froiss&#233; des draps, un rythme, le son mat &#224; l'attaque, la r&#233;verb&#233;ration dans l'&#233;cho du mouill&#233; et puis le coulissement, cela qu'on m&#233;morise dans le berceau obscur, la sc&#232;ne entendue, ni primitive, ni vue, et roule la route, les neuf miles en aveugle, dans la fray&#232;re des alevins, dans le sable, cach&#233;s, des tacons qu'on ignore, mais un seul saumoneau pr&#233;sent &#224; l'arriv&#233;e, et passent trois ann&#233;es dans le grand brouhaha, vous reviennent ces bruits de gorges faits &#224; deux, exerc&#233;s dans la chambre comme dans une nuit des temps, deux enfants recr&#233;ant le grave &#224; r&#233;sonance, la diphonie des Tchouktches, Gyuto Monks du Tibet ou de ce territoire, le ton rauque des Inuits, la partition des hommes, le premier chant du monde, mais ici que des fr&#232;res, et vous, vous attendez, quelque chose doit na&#238;tre, et &#224; nouveau la fraie, l'Ecloserie de Moose Pass, et quand dans le matin retentit cristallin le chant de l'alouette, vous le savez, c'est l&#224;, le signal, un d&#233;part et puis la gestation, la promesse d'un &lt;i&gt;Umrhubbe&lt;/i&gt;, un chant des femmes Xhosa du peuple aux deux rivi&#232;res de Kei vers Keiskamma, &#233;coute cette vibration, les infrasons d'abord que vous ressentez, chut, taisez-vous les autres, mais qu'ils fassent donc silence, et vous, vous percevez, qui respire donc ici ?, vous h&#233;sitez, j'entends, j'entends, mais qu'est-ce que tu entends, la chanson africaine ?, mais non, un r&#226;le l&#233;ger, une respiration, peut-&#234;tre juste un souffle, et puis un vagissement retenu sur la ligne, vous orientez la t&#234;te vers les volutes blanches, quelque chose d'all&#232;gre s'annonce et puis grandit, c'est un sourd ronflement et dans l'inspiration s'entendent les harmoniques, l'onde longue, un galet dans tous ses ricochets, et il ricoche, il ricoche, il rebondit vers vous, vous n'&#234;tes plus qu'oreille, qui vit l&#224; ?, le cliquetis d'une clef o&#249; perce un gazouillis, quelques notes graciles, votre c&#339;ur tape si fort, et le &lt;i&gt;road song&lt;/i&gt; d&#233;marre, le &lt;i&gt;beat&lt;/i&gt; vous accompagne, mais l'image est manquante, un grondement soudain, un soufflet qui s'&#233;carte et ouvre le nuage et vient au premier plan, &#224; l'&#224;-pic du lac sur une haute fr&#233;quence, envahissant le ciel, la m&#233;lodie rieuse d'une machine volante, une libellule &#224; bulbes, rayures bleues sur fond blanc, elle vrombit, elle surgit, et la derni&#232;re est l&#224;, et vous n'&#234;tes plus seule, c'est le temps du babil, l'amorce d'un dialogue, d'un coup vous frissonnez, vibrations d'un avion comme si vous y &#233;tiez, vous &#233;tonnent les hoquets, le mouvement goulu, les l&#232;vres vers l'avant, et puis l'amerrissage, les flotteurs, l'hydravion, avec son fuselage qui zigzague sur l'eau, comme lui vous zigzaguez, pench&#233;e quand l'aileron penche, et droite quand il est droit, le blanc &#224; l'int&#233;rieur, c'est un r&#234;ve, marchez dans la carlingue et chaque pas que vous faites fait tanguer l'appareil, alors vous tentez le gracieux &#233;quilibre, et fredonnez tr&#232;s bas la m&#233;lodie subtile de l'esquif au berceau, dans les yeux ouverts sur la musique du monde, vous gagnez l'innocence, le corps qui se confie, on devient petite m&#232;re, la bouche t&#226;tonne, f&#233;brile, au contact de la joue, on est aim&#233;e enfin, et m&#234;me ce bouillonnement qui irrigue les l&#232;vres, on ne s'en d&#233;go&#251;te pas, un corps d'avant les mots qui parle par l'&#233;lan, c'est un petit bonheur que j'avais rencontr&#233;, le porter, toutes vos forces dans la sororit&#233;, c'est votre elle, vous son elle, et tant et tant d'histoires qu'avez &#224; raconter,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;devant vous, J., sa nuque, et derri&#232;re, l'autre est l&#224;, un homme-buste dans l'&#233;cran, en proche et en gros plan, ses yeux fix&#233;s sur vous, cherchez &#224; mesurer l'&#233;cart qui vous s&#233;pare, attrapez le Leica, vous filmez, et le bus ralentit, la distance se creuse, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;tu te voulais touriste, un charmant souvenir, du voyage l'image, clic, clac, merci Kodak, mais l'autre te refuse le droit de le r&#233;duire &#224; cette carte postale, il se veut contempl&#233; et non photographi&#233;, c'est &#231;a que tu comprends, il pose sa condition, une r&#233;alit&#233; qui force le r&#233;el, et ta pr&#233;sente vengeance, le prendre dans tes mots &#224; distance du temps, n'est qu'un p&#226;le pis-aller de ce qu'il s'est pass&#233;, on tente le r&#233;cit, on le voudrait grandiose, mais toujours on l'&#233;choue,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;dans l'habitacle, le Navigateur a pris un appel, casque sur les oreilles, on entend sa voix mate, we'll be there in half an hour, ceux du port s'impatientent, nous toujours pr&#232;s du lac, et l'hydravion accoste, vous distinguez son nom, le Havilland Beaver, et vous le traduisez, d'un pays lourd, lourd, c'est tout ce qui vous vient,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;et vous fermez les yeux, sempiternellement ce monde o&#249; rien ne vient, vous sentez votre corps s'&#233;couler lentement du si&#232;ge comme une ombre, effiloch&#233;e, fragile, d&#233;goulinerait du sol vers le tapis de sol, aurait trouv&#233; un interstice peut-&#234;tre dans le contour d'un boulon, y aurait fondu pour mieux resurgir pr&#232;s de l'essieu sous la caisse, se serait d&#233;placer lat&#233;ralement rejoignant la roue, s'y collant, soudain devenant plate, s'enroulant autour du caoutchouc, faisant le tour du pneu, y adh&#233;rant d'abord en surface, puis peu &#224; peu la peau marqu&#233;e de l'empreinte toute sp&#233;ciale de ce pneu-l&#224; se gaufre et sous l'effet de l'&#233;crasement entre la roue et le bitume s'amalgame au mat&#233;riau, c'est &#231;a la r&#233;duction &#224; la gomme d&#233;riv&#233;e du latex d'h&#233;v&#233;a et y serait ainsi coagul&#233;e et rentrerait alors dans les mol&#233;cules du polym&#232;re, vous seriez quoi, vous, dans la composition du poly-isopr&#232;ne, tout juste une cha&#238;ne de souffre ou une cha&#238;ne d'isopr&#232;ne, vous pr&#233;f&#233;reriez &#234;tre de l'isopr&#232;ne, mais le souffre a ce talent de casser les doubles liaisons d'isopr&#232;ne en s'y attachant et fait un m&#233;lange mall&#233;able qui permet que &#231;a s'&#233;tire mieux et que &#231;a r&#233;siste au temps, c'est comme &#231;a que vous &#234;tes vulcanis&#233;e, le souffre toujours l&#224;, m&#234;me si la r&#233;sistance,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;poursuivre est un rapport de force de soi avec le texte, celui d&#233;j&#224; l&#224; qu'on consid&#232;re &#224; cet instant de la relecture, qu'on scrute, qu'on r&#233;investit, mais parfois sans succ&#232;s, certains textes te r&#233;sistent comme en identification rat&#233;e, alors renoncer &#224; s'identifier, que, travers&#233;s, les champs d'enfance confrontent aux vip&#232;res, aux grandes nappes bleues, et on n'en veut plus, on a peur, la peur de se faire prendre dans les sables mouvants de l'esprit, que convoquer le pass&#233; te replonge dans la tristesse d'&#233;poque, auto-apitoiement sans doute, dans l'entame, te relisant, tu entends ta r&#233;sistance, ce n'est pas le texte qui r&#233;siste, c'est toi qui r&#233;siste au texte, ou plut&#244;t au souvenir, pr&#233;f&#233;rer l'&#233;vitement, chercher des alibis, quelque chose comme ce grand yo-yo, &lt;i&gt;up and down&lt;/i&gt;, ruine la progression du texte, qu'on aimerait une enfance radieuse &#224; poser sans souci dans le creux du &lt;i&gt;road book&lt;/i&gt;, mais ce n'est pas l'objet de cet Upper et Lower lake, le grand Huit donne le tournis, soit se nicher dans l'intersection pour combattre l'inversion des &#233;motions ou accepter que cette dualit&#233; fasse partie de toi, qu'elle, travers&#233;e, rende compte d'un plan sup&#233;rieur, poursuivre l'effet de torsion du chiffre en lui faisant faire plusieurs fois le tour, le presser comme un torchon qu'on essore, le r&#233;duisant ainsi &#224; quelques pointill&#233;s pour le rendre poreux, d'o&#249; s'&#233;chapperait la mati&#232;re, l'eau du texte, la substance qui fait ligne et paragraphe et roman,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;la libellule est repartie, &#224; peine accost&#233;, l'hydravion s'est &#224; nouveau rempli, &#224; peine arriv&#233;, une famille est mont&#233;e &#224; bord, il a relanc&#233; son moteur, parcouru ces quelques m&#232;tres qui donnent l'&#233;lan, et vous le retrouvez voguant dans le grand ciel griff&#233; de stratus gris, de nouveau &#224; distance, la petite libellule, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;alors, tu la retiens, sur ce film super 8, la petite dans les roses marchant dans le jardin, habill&#233;e d'un manteau, d'un foulard, femme en miniature, en promesse, l'image tremble au passage, l'ultime image d'avant, d'avant quoi, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;malgr&#233; vous, vous jetez un regard &#224; l'arri&#232;re et constatez le retour du bus dans le sillage, &#224; sa place &#233;vidente, pourtant c'est l'inconnu plac&#233; &#224; la lisi&#232;re, visage, pr&#233;sence, regard, un signe sans d&#233;cryptage, un code sans d&#233;codage, et si vous l'entendiez, quelques claquements de langue, audibles que de vous-m&#234;me, qui dresseraient tous vos sens au garde-&#224;-vous de vous,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;comme s'il fallait du son &#224; mettre dans tout &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;changement de paysage, c'est temps de Kena&#239; Lake, vous regardez la route et presque en confluence le lac &#224; angle droit de votre trajectoire, vous pourriez y descendre, vous rendre sur la rive, vous auriez emprunt&#233; le voilier qui s'&#233;loigne, vous seriez &#224; la barre et lanceriez le spi &#224; l'abordage d'un souffle, partiriez en rappel, votre corps allong&#233; sur le filet des contes, l'oiseau bleu descendant des pages au liser&#233; d'or, le prince, l'oiseau, la plume, ces mille et une nuits, distribution des prix, la lourde pile de livres port&#233;e triomphalement, en vous &#231;a carillonne, des trilles montent et descendent, harmonie triple croche, trtvitt, trtvitt, c'est l'oiseau qui vous parle, il porte dans son bec des objets, des &#233;corces, de ces petits bouchons, f&#233;tus de paille, brins d'herbe, tout ce qu'il peut trouver de couleur mariale, vous s&#232;me une voie royale, il vient vous faire la cour, votre regard se pose sur chaque couverture, promesse d'une lecture, un conte et puis un autre, il vient construire le nid, compose une d&#233;coction et d'un morceau de bois tremp&#233; dans l'eau teint&#233;e de pigments de barbeau, il peint son nid tress&#233; dans des tons de lagon, r&#234;ves plus beaux que vos jours, vous enveloppe d'azur d'un voile de brocart et s'envole avec vous sur le tapis lovant, dans cette couleur bleu cyan des d&#244;mes d'Asie centrale, Tilla-Kari, Samarcande, cama&#239;eu d'azurite pour une route de soie, vos robes aussi teint&#233;es du kuanos magique, au flanc de la montagne, p&#244;le haut du paysage, apparaissent des sph&#232;res, bondissantes et rieuses, des bleues, des vertes, des rouges, les boules perlant la ligne d'une page d'alphabet, apr&#232;s la plume qui gratte et l'encre des p&#226;t&#233;s, c'est l'heure de la glissade, du toboggan r&#234;v&#233;, la f&#234;te des quatre couleurs droit sorties d'un kugi, Kugelschreiber exulte aux quatre coins de la page d'&#233;criture, s'&#233;gr&#232;nent les lettres, on lit les premiers mots, l'ann&#233;e promesse de joie, on finit par &#233;crire,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;dans l'auto, le Petit s'est mis &#224; chanter et tout le monde a entonn&#233;, Tiens bon la barre et tiens bon le vent, hisse et ho, Santiano, tous, nous savons rejoindre le port de p&#234;che, le vent souffle dans nos voiles, nous irons jusqu'&#224; San Francisco, puis sans savoir pourquoi vous vient une chanson, In a cavern, in a canyon, que le Petit conna&#238;t aussi, chorus en allegro, Oh my darling, oh my darling, oh my darling Clementine, une chanson de mineur et de sa fille, enfin, une de ses filles, sol majeur &#224; la clef, on croit que gai, mais ne l'est pas, le di&#232;se alt&#232;re le fa, l'histoire d'une fille, noy&#233;e, le p&#232;re ne sait pas nager, dreadful sorry, Clementine, finit par l'oublier, till I kissed her little sister and forgot my Clementine, enfin, pas tout &#224; fait, puisque la chanson,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;devant la file, l&#224;-bas, &#231;a, qu'on ne distingue pas, un bruit de carrosserie et le crissement des freins, la Range Rover qui pile pour mieux &#233;viter l'onde, en &#233;pis sur la voie, quinconces et rotations, chaos dans la rang&#233;e, derri&#232;re, le bus d&#233;croche, vous le voyez &#224; gauche, il vous double, zigzague, se rabat puis s'&#233;loigne, croyez voir tout &#224; coup un bus &#224; imp&#233;rial, de ces cars que craignaient les soldats aux tranch&#233;es, une guerre, la boucherie et qu'il serait l'annonce d'une mort &#224; venir, mais lui qui d&#233;c&#233;l&#232;re, se retrouve &#224; l'arri&#232;re quand la Range &#224; l'arr&#234;t, et toi, dans l'habitacle, secou&#233;e, cognes le si&#232;ge, retiens d'un bras le fils, pas de mal, d&#233;sol&#233;, &#231;a m'a surpris aussi, et le Navigateur de regarder chacun, J. ne dit pas un mot, le Petit vous sourit, &#231;a va, on va tous bien, on va attendre un peu, mais attendons longtemps, il appelle les amis, annonce le retard, il relance le moteur et d&#233;croche &#224; son tour, nous remontons la file, les petits accrochages, pench&#233;s sur les d&#233;g&#226;ts des conducteurs f&#233;briles, devant, l'encastrement, deux voitures &#233;ventr&#233;es, sur le sol des d&#233;bris, traces brun&#226;tres, traits de craie, l'ambulance est partie, un policier fait signe, le 4x4 acc&#233;l&#232;re, vous remarquez alors, accroch&#233; au miroir, un CD argent&#233;, rosier peint sur le disque, arbuste &#224; roses tr&#233;mi&#232;res, althaea rosea, de ces belles nonchalantes qui bordent les jardins sous d'autres latitudes, qu'on trouve dans les bourgs o&#249; deux chemins se croisent rejoignant deux villages, ici juste un &#233;cho, un rose sur gris, p&#226;leur, peint par ma Cun&#233;gonde, glisse le Navigateur dans le r&#233;troviseur, elle les peint en s&#233;rie, c'est beau ces arabesques, vous ne faites qu'acquiescer, une douleur soudain s'installe dans votre ventre, et vous vous rencognez, la t&#234;te contre la vitre, une sortie, c'est Crown Point, cons&#233;cration du lac, vous n'irez pas y voir,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;vous &#233;blouit alors la grosse boule dor&#233;e qui donne cette valeur froide aux volumes tout autour, et leur nettet&#233; aussi, mais la fixant longtemps, elle &#233;clate dans vos yeux en points noirs, en taches sombres, mouvantes, irr&#233;guli&#232;res, comme s&#233;parant le plan dans un miroir bris&#233;, revient &#224; vous ce jour o&#249; pour la premi&#232;re fois avez cru la mati&#232;re d&#233;rob&#233;e dans la nuit, c'est d'abord un midi, marchant dans le jardin, devant le flamboyant, vous &#234;tes en arr&#234;t, le jaune d'un forsythia qui provoque le ciel, cette sorte d'irr&#233;ductible qui force le regard, &#224; quoi rien ne r&#233;siste mais pourtant, le m&#234;me soir, s'&#233;teint comme absorb&#233;, disparu le relief, effac&#233;e la mati&#232;re, l'arbuste existe-t-il si la nuit il n'est pas, et s'il est &#233;ph&#233;m&#232;re, qu'est-ce qu'il reste du vu, changeant du seul effet de l'heure du cadran, peur, le vous, le nous, qu'est-ce qu'il reste de l'&#234;tre s'il suffit de, on &#233;crirait alors la liste des lieux clos, les lieux qui scellent, qui cachent, trouver le mot utile, bo&#238;te, coffre, faux-tiroir, boudoir, cabinet, cagibi, cave, buanderie, garage, abri antiatomique, souterrain, grotte, caverne, cache ferm&#233;e dans la muraille, soute, cale, silo, serre, bloc op&#233;ratoire, une mise sous le boisseau, soi dedans, disparu dans le noir existe-t-on encore,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt; mais c'est dans un tunnel que d'abord vous entrez, pas obscur, un plafond &#224; claire-voie introduit la lumi&#232;re, des poutres de b&#233;ton d&#233;composant le ciel, s&#233;rie en alternances de gris, de bleu, de gris, puis un son m&#233;tallique, on roule sur des tubes, au-dessus d'un plan d'eau, un bras de mer ou peut-&#234;tre une rivi&#232;re, la structure est celle-l&#224; et on n'a pas le choix, l'effet stroboscopique, la secousse phonique, d'abord on est surpris, mais on ne pense pas encore, on d&#233;couvre, on se d&#233;place dans le clair-obscur, quelques mots qu'on remarque, des mots blancs, des tags, on ne dit pas des tags, on dit des graphes, on lit machinalement, mais d&#233;j&#224; ils &#233;chappent, ici, rien n'est vraiment ce qu'on croit, on prend des rep&#232;res qui aussit&#244;t se brouillent, on croit avoir saisi de quelle nature la mati&#232;re le bruit, et puis non c'est autre chose et c'est plus de mati&#232;re et plus de bruit &#224; quoi on fait face mais pas les m&#234;mes, &#231;a finit par faire lourd, on n'y comprend plus rien, &#231;a devient long le tunnel &#224; claire-voie, toujours ce grand obscur, sifflement continu et brinquebalement, c'est son mal, on patiente, et puis soudain c'est pire, un bruit de d&#233;chirure, et on ne s'entend plus, les cris des femmes et leurs pi&#233;tinements, un troupeau qui d&#233;ferle, une course effroyable, mais qu'est-ce qu'ils vont tous voir tourn&#233;s vers la lueur, ce n&#233;on qu'on per&#231;oit au bout du, couloir, n'importe quoi, on distingue les parois qui bordent le boyau, carreaux de b&#233;ton plein, une fresque dessine une liane, des sortes de branches tordues, des bras qui filent au loin, l&#224;-bas sur les draps gris, un n&#339;ud et des yeux vides, la bouche d&#233;form&#233;e, bombe &#224; l'a&#233;rographe, un rictus, un vent hurle dans la coursive, des monstres naissent dans les murs, des tags, on dit des graphes, &lt;i&gt;samo&lt;/i&gt;, une r&#233;p&#233;tition &lt;i&gt;samo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;samo&lt;/i&gt;, s'affichant rouge orange &#224; diff&#233;rentes hauteurs, qui s'allument comme des flashs au fur et &#224; mesure que la liane se prolonge, qu'elle devient m&#233;duse ou tentacule, des ventouses, des pustules et du pus, des odeurs &#224; pr&#233;sent et toujours les m&#234;mes mots, &lt;i&gt;samo, samo&lt;/i&gt;, graphait Basquiat,&lt;i&gt;same old&lt;/i&gt;, vieux pareil, tout pareil, ah &#231;a ne changeait jamais, mais l&#224;, si, tout &#224; coup c'est plus du m&#234;me, c'est du pire, on ne s'y attendait pas, enfin pas &#224; &#231;a, mais quand &#231;a arrive, c'est l'&#233;vidence m&#234;me, c'&#233;tait in&#233;vitable, le grand brouillage m&#232;ne au chaos, &#224; la lumi&#232;re psych&#233;d&#233;lique, au grand tohu-bohu, que c'est dehors, que c'est dedans, tout boulevers&#233;, les nuits qu'on ne sait plus dormir, les os rong&#233;s dans l'esprit, tu croyais peut-&#234;tre n'y &#234;tre pour rien, ne pas entrer dans l'histoire, rester au bord, regarder, observer, in petto te murmurer cette vie n'est pas pour moi, j'ai l'autre qui m'attend, tu croyais &#234;tre plus maligne, l'air qui manque, on ne va bient&#244;t plus pouvoir respirer, c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que vous voyez la lumi&#232;re s'agrandir, le tunnel s'&#233;claircit, la Range roule sur le macadam, la sortie se pr&#233;cise, sur la paroi de droite, le jour se glisse en fentes, on distingue la mer, ou peut-&#234;tre n'est-ce qu'un lac, mais on rel&#232;ve la t&#234;te, tout de m&#234;me, on ne va s'&#233;terniser dans le tunnel &#224; claire-voie,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;une petite chanson des chemins vers l'&#233;cole, la route t'entra&#238;ne et tu chantes, si souvent dans l'enfance, le chant, les mots, les deux ensemble, comme &#231;a que tu, une petite chanson des chemins vers l'&#233;cole que tu t'inventes,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;prot&#232;gent tout au long les glissi&#232;res de m&#233;tal, pass&#233;e en l'ignorant la direction Divide et la publicit&#233; pour une piste de ski, tout aussi ignor&#233;e la voie Glacier Exit, on s'accroche &#224; la route qui fait qu'on continue, on sent l'air de la mer, il annonce le port, et puis l'embarquement qu'on esp&#232;re, qu'on esp&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;oui, quand le jour revient, enfin la lumi&#232;re, cette lumi&#232;re crue des bords de mer qu'on reconna&#238;t &#224; la blancheur particuli&#232;re de tout blanc, au contraste du bleu sur vert, cette vibration singuli&#232;re qui sollicite, qui convoque et qu'on n'est pas s&#251;r d'aimer si elle dure, qu'un scintillement pareil &#231;a vous lance, &#231;a reproche, &#231;a r&#233;clame, qu'on est plus tranquille &#224; la campagne, dans un pommier, go&#251;t acide aux dents, que les saisons passent, parfois les cerises, des burlats, coulent douces sur vos l&#232;vres, ou l'odeur de ces coings qu'on presse en gel&#233;e dans un torchon poreux, qui remplit vos narines d'une senteur aim&#233;e, mais s'approcher du port se m&#233;rite, alors on redresse la t&#234;te, on se pr&#233;pare,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;tu veux un r&#233;sum&#233; des chapitres pr&#233;c&#233;dents, lecteur, ou bien &#231;a te suffit si je dis que c'est la fin du tunnel de l'enfance, qu'on attend les rencontres au port,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;l'eau toujours, au bord du &lt;i&gt;highway&lt;/i&gt;, dans ces rivages de gravier vous &#233;tonne la v&#233;g&#233;tation d'aulnes et de saules, quelque chose d'un paysage familier, comme plus doux, vous demandez au Navigateur, il vous parle d'un courant maritime chaud du Japon, le Kuroshio, entr&#233; en collision avec l'Ova Shivo, pour former le courant du Pacifique nord, une rencontre qui fait lien, c'est-&#224;-dire une d&#233;rive qui ne d&#233;rive pas, caresse le golfe et dans la boucle qu'elle dessine, se lovant dans l'anse, le r&#233;chauffe, la Range Rover s'approche de Primrose Creek, au confluent du Kena&#239; Lake et de la Snow River, un village, quelques cabanes, mais &#231;a suffit, dominent les &#233;pic&#233;as, de ces &#233;pinettes de Sitka, dont on fait le bois des guitares, les folks au son coll&#233; au ventre, celle du Navigateur qu'il t'avait offerte, quelques accords, puis tu joues dans un groupe de &lt;i&gt;folk music&lt;/i&gt; entendue sur les Folkways, nous en esclaves des champs de coton, en &lt;i&gt;hobos&lt;/i&gt; mont&#233;s la nuit &#224; bord des trains ou soldats perdus de la &lt;i&gt;civil war&lt;/i&gt; &#224; chanter leurs musiques, &lt;i&gt;gospel, blues, country, train songs&lt;/i&gt;, un banjo &#224; cinq cordes met le feu aux voix, et tout s'acc&#233;l&#232;re, des &lt;i&gt;washboards&lt;/i&gt; ou cuillers assurent la rythmique, nous avions remont&#233; la rivi&#232;re &#224; la source, et on pouvait enfin, oui enfin, &lt;i&gt;I can get now satisfaction&lt;/i&gt;, s'enlever dans le rock, nous savions d'o&#249; elle tenait son &lt;i&gt;beat&lt;/i&gt; notre nouvelle bande-son,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;la Range Rover ralentit, allez, on va faire un arr&#234;t dans la Bear Creek, &#233;coutez &#231;a, vous les entendez ?, le Navigateur surexcit&#233; montre du doigt ce qui s'offre au regard, une colonie d'oiseaux nichant au creux de la v&#233;g&#233;tation, vous &#234;tes n&#233;ophyte en ornithologie, mais essayez d'identifier le plumage, le chant, ces sensations d'&#234;tre entour&#233;e, d'&#234;tre &#233;tourdie dans les piaillements, les facilit&#233;s, vous croyez qu'&#224; essayer on peut choisir, ce serait &#231;a grandir, tenter de trouver l'oiseau rare dans la succession des possibilit&#233;s, mais &#231;a ne marche pas comme &#231;a, vous n'y arrivez pas, toi, sur l'&#233;cran tentes de revenir sur les images, ces oiseaux qu'on n'imprime pas, ceux qui font le lit de la litt&#233;rature et le v&#244;tre, roitelets &#224; couronnes dor&#233;e ou &#224; t&#234;te rubis, m&#233;sanges &#224; t&#234;te noire, grives &#224; dos olive, couleur feutr&#233;e mais voix d'or, ou dans leur variante, grives &#224; collier, parulines de Townsend et sonnant mieux en anglais &lt;i&gt;ruby-crowned and goldent-crowned kinglets&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;black-cap chickadees&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;swainson's trush&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;trushes necklace&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Townsend's warbler&lt;/i&gt; ou encore ces &lt;i&gt;American Dipper&lt;/i&gt;, plongeurs qui dressent leurs nids dans les rigoles, ces drains des larges talus enherb&#233;s qu'on trouve au bord de l'autoroute, rien n'est pr&#233;m&#233;dit&#233;, on baguenaude, on flirte trop pour se fixer, pas un oiseau que vous recherchez dans la Bear Creek mais un ours, il manque, c'est l'id&#233;e qu'on retient quand on remonte dans l'auto, il manque l'ours,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;&lt;font color=&#034;white&#034;&gt;-----&lt;/font&gt;au moment d'acc&#233;l&#233;rer, par r&#233;flexe, vous regardez si le &lt;i&gt;bus&lt;/i&gt; est toujours derri&#232;re vous, vous le craigniez pr&#233;sent, son absence vous intrigue, vous ne l'avez pas vu quand vous avez ralenti devant le concert des oiseaux, vous v&#233;rifiez dans le r&#233;troviseur, il n'est plus l&#224;, pas davantage dans la voie encombr&#233;e d'autos sur l'autoroute, s'il y est sa silhouette se fond dans les gris, les bleus et les rouges du trafic, vous vous demandez si vous le reverrez et m&#234;me si vous l'avez jamais vu, lui, le &lt;i&gt;bus&lt;/i&gt; et son chauffeur et tous les signes enregistr&#233;s depuis le d&#233;but du voyage, une bulle de savon, on la voit, puis tout &#224; coup elle &#233;clate et on ne sait plus nommer cette chose qu'on a suivi des yeux, qui avait introduit de la l&#233;g&#232;ret&#233; et un int&#233;r&#234;t dans votre esprit, le Navigateur fait une moue devant votre t&#234;te tourn&#233;e vers l'arri&#232;re, le temps de vous interroger sur le sens de cette moue, et tout &#224; coup dans le r&#233;troviseur, vous apercevez le&lt;i&gt;bus&lt;/i&gt;, il devait sans doute &#234;tre dans un angle mort, il a pris une tonalit&#233; chatoyante, couleur m&#233;tallis&#233;e, pourquoi seulement &#224; pr&#233;sent remarquer cet iris&#233; de bleu au soleil, est-ce d'avoir cru le perdre, il scintille, transfigur&#233;, le plan-s&#233;quence d'une vid&#233;o, vue sur rouleaux d'&#233;cume au-dessus de la mer, fr&#233;missement &#224; la lumi&#232;re, et pour la premi&#232;re fois vous distinguez l'impression en vitrophanie appliqu&#233;e sur l'avant du &lt;i&gt;bus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;happiness on tour&lt;/i&gt;, tout vous para&#238;t clair tout &#224; coup, cette discr&#233;tion, une notori&#233;t&#233; qu'on prot&#232;ge, cette pr&#233;sence, &#231;a n'emp&#234;che pas la curiosit&#233; pour vous, et quoi qu'il en soit, de nouveau il est derri&#232;re l'auto, on roule sur une dizaine de kilom&#232;tres et on rejoint Clear Creek, enfin vous apercevez le panonceau, mais ne voyez rien du village cach&#233; dans les arbres, Clear Creek est le lieu qui toujours se d&#233;robe, et qui pousse &#224; toujours s'y rendre du fait m&#234;me que &#231;a se d&#233;robe, on est &#224; la recherche de nos criques lumineuses, on descend vers la mer, on &#233;carte les buissons, on s'approche, est-ce falaise, on se promet qu'on saura trouver le sentier cach&#233; par un rocher, qui serpente dans le d&#233;nivel&#233; et m&#232;ne &#224; cette probable petite crique l&#224; tout en bas, qu'on est certain d'atteindre, enfin il le faudrait,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;version augment&#233;e du 8 octobre 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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