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Une du NYT Magazine de 2015 (sic) [1]
Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari

Le monde se dédouble, ce n’est pas nouveau, mais ça s’accélère, on se sent comme pris à attendre, sitôt un fait connu, le fait alternatif, cet affaissement par les mots, on n’en peut plus faire l’impasse, la seconde version vient tôt ou tard, ça se passe sur une scène avec force émotion ou dans un JT en programme forcé, alors soit on éteint son téléviseur, soit on accepte d’écouter la réalité se modifier, de voir les uns et les autres discourir sur la fausse vérité comme si elle avait sa plausibilité, d’y passer beaucoup de temps, peut-être même au risque que le certain se dilue, alors on sait que désormais l’important sera de mémoriser, de consigner, se prenant un peu pour Victor Klemperer, pour que la dérive collective, le délire des puissants, la servilité de ceux qui leur tendent le micro, ne prenne le pas sur sa compréhension du réel, une nouvelle crainte émerge de se retrouver dans un monde que seul, soi, avec quelques-uns, on connait, que pour se protéger, on ne se ferme au questionnement ouvert, gage d’une démarche de rationalité, nommer ensemble la réalité pour qu’elle prenne sa consistance, on est donc pris entre la nécessité de conserver la bio-diversité des savoirs réels acquis pour s’appuyer sur un patrimoine sûr et celle de ne pas s’enfermer dans l’isolement de ceux seuls à avoir raison, qui mène directement à l’enclos sectaire, alors on s’interroge, comment doit-on douter, pas n’importe comment, et sans doute pas avec n’importe qui, que c’est même ça le premier doute, celui de s’assurer de la qualité du débatteur avec lequel on entre en conversation, de peur de quoi, qu’on perde la lucidité, son sens critique, sa bonne santé mentale, par dérapages successifs d’une conversation ? Vertige tout à coup, le risque aussi de perdre l’émotion qui fait sentir la peur de celui qui ne peut s’empêcher de délirer avec les délirants, et celui d’en tirer gloire, qui on est pour prétendre, parce qu’on est parfois ce délirant, qu’on est soi-même cet humain trop humain, qu’on n’échappe pas au grand chambardement comme les autres. Alors, oui, on voudrait ne pas devenir la membrane de la grande enceinte, la simple chambre de résonance du monde.

[1oeuvre sur le thème du chaos

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