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Comment l’attraper, cette rue-là, elle a disparu de la carte, en tous cas son paysage, c’est même le plan de tout un quartier qui a été effacé, royaume de l’entrecôte et du verre de pinard, comme ça que les hommes de peine le disaient, ceux qu’on allait retrouver pour la lutte, pavillons murs moussus, entrepôts, petit train, en direct des chais, les fûts débarqués, les péniches qui accostent, le Bercy qu’on a dans la tête, on sortait les instruments, on jouait, on chantait, contre le projet de verrue, salle de concert et centre commercial, ce goût qu’ont les nantis pour tabula rasa, voulue au plus haut niveau, alors on a perdu, juste obtenu cette honte, l’alibi vert, des greens verticaux qu’on tond à la tondeuse à câbles sur les flancs de la pyramide, crois que ne suis jamais allé voir quoi que ce soit dans ce temple, un cas, quoi expliquer, ils ont supprimé un lieu du vieux travail, le cellier de Paris, un ilot de verdure, une balade champêtre, J’ai dans la tête, la chanson, la racontait en ballade, souvenir de l’enregistrement et oublié pourquoi François Billetdoux se trouvait là, dans le studio de France Culture, Bercy qu’on a dans la tête et quand on chante, tout revient, en mieux que la travée de vieilles pierres reconvertie en bazar branché, c’était le dernier hameau de Paris, Cour Saint-Emilion, rue des Pirogues de Bercy, Rue de Dijon, le damier des pavillons, pavillon Lheureux, pavillon Joigny, La grande Pinte, on pouvait s’y perdre, les arbres et les feuilles mortes, dernier automne, les pas sur les pavés, l’écho joyeux des paroles dans les ruelles, la buée qui sortait de la bouche quand on occupait le site aux premiers frimas de l’hiver, et les braseros d’où s’échappaient des odeurs de veillée, les plats qu’on apportait sur les tonneaux dressés, Bercy-île, Bercy-ville, qui se douterait aujourd’hui.

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