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Spot lights en violet, mauve et lilas

Les couleurs, au réveil, les couleurs, s’agirait d’un violet, d’un mauve et d’un lilas.

Le violet tombe bien, couleur de l’améthyste, pierre de janvier. « La couleur en limite du spectre visible », nous dit wiki-la-pépée, couleur aimée des femmes, du latin viola, pensée sauvage, pas envie de penser ici au mot violent juste à côté, remercie de ne pas l’avoir connu, avais plutôt affaire au risque de se réfrigérer à l’événement N°1, passons vite, « le grand froid rend quelquefois le visage tout violet, les mains violettes », traversons la Sibérie, ça se réchauffe d’un regard avec le grand Dumas dans le lit, lampe de poche, « Et en même temps une portière de velours violet fleurdelisé d’or se soulevant, le duc distingua dans l’ombre la reine elle-même », on est chez la Reine Margot, et qu’on aime ce faire, fleurdeliser dans le tissage.

Ensuite, on passe à la vitesse supérieure, avec tous ces violets qu’on honore et qui nous honorent, on fait ses gammes, on teste, on se trompe, on recommence, ces soirs de fête où dans le verre on distingue cette « couleur de la robe d’un vin rouge, mais qui indique une maturité faible, moindre qu’une robe de couleur « grenat » » (pour le rouge, voir ici) (Œn.). Et comment gicle la robe violette par-dessus tête, même si« le vin est très jeune et peu évolué ». On garde de bons souvenirs. Fruité, le vin nouveau. Le violet, c’est envoyé.

On croit ça, mais vite rattrapée. Où on découvre que « le violet est une couleur royale qui représente la subtilité, le mystère, le romantisme, l’idéalisme, la protection, la mélancolie, la fraicheur, la pureté, la paix et le luxe ». Tiens, ne parlent pas de luxure.

« Le violet est, dans la synthèse soustractive (peinture, encre), une couleur secondaire issue du mélange entre le bleu et l’orange et, dans la synthèse additive (lumière), une couleur tertiaire obtenue par le mélange du bleu et du magenta qui lui-même est issu du mélange entre le bleu et le rouge ». Surdétermination du bleu.

Jusque là, on se retrouve, mais c’est quand ils alignent quelques nuances de violet : Héliotrope, Indigo, Lilas, Magenta, Mauve, Orchidée, Parme, Prune, Violine, Zizolin …, qu’on comprend qu’on ne coupera pas au violet en cherchant le mauve ou le lilas, mais qui pour le déplorer.

Il est partout avec la base de bleu qui assure, des pointes de rouge aussi, on n’ira pas le chercher du côté de sa complémentaire, le jaune, on a déjà tout dit sur le jaune, simplement souligner que le violet foncé a surtout un intérêt en « décoration, comme pour les couleurs chaudes, si les murs d’une pièce sont peints en violet foncé, cela donnera une sensation de rapprochement comme si la pièce était plus petite, » on s’y voit déjà, dans la chambre mansardée, petite lucarne, un grand lit au milieu, et même la porte, on la repeindrait de violet foncé. Image.

Petit retour sur le zizolin, toutefois. 691D58 Hex105,29,88 RGB, on en voit parfois sur les cravates des colours lovers, ça fait un peu trop TV pour moi et puis moi, les cravates.

Comme il est d’usage sur ce nuancier, on va vérifier sur l’encyclopédie en observant d’abord la forme de sa lettre inaugurale, le V.

« V - S. m. c’est la vingt-deuxieme lettre, & la dix-septieme consonne de notre alphabet. Elle représente, comme je l’ai déjà dit, l’articulation sémilabiale foible, dont la forte est F ; (voyez F.) & de-là vient qu’elles se prennent aisément l’une pour l’autre : neuf devant un nom qui commence par une voyelle, se prononce neuv, & l’on dit neuv hommes, neuv articles, pour neuf hommes, neuf articles »

Une semi-labiale faible, qui fait entendre la forte, le F derrière, quelque chose entre Vœu et Feu, le vœu du feu en quelque sorte. On pourrait le prononcer dans une expression du genre « mon neuf amour », ce coulissement du son, même s’il faut pour ça des circonstances. Ne résiste pas à sortir la référence V de l’encyclopédie un peu plus bas :

« Musique. Cette lettre majuscule sert à indiquer les parties de violons ; & quand elle est double V V, elle marque que le premier & le second dessus de symphonie sont à l’unisson. (S) »

V V, j’approuve et persiste. Et plongeons dans le violet.

« VIOLET
S. & adj. (Teinture) couleur mêlée de bleu & de rouge, qui ressemble à la fleur qui porte le nom de violette. Les soies violettes cramoisies doivent être faites de pure cochenille avec la galle à l’épine [1], l’arsenic & le tartre ; & après avoir été bien bouillies & lavées, être passées dans une bonne cuve d’Inde sans mêlange d’autres ingrédiens. (D.J.) »

Le violet est le résultat de tout ça, couleur mêlée de bleu et de rouge, de pure cochenille avec la galle à l’épine, on imagine, faut en passer par l’arsenic et le tartre, on n’a rien sans rien, mais bien lavé et bouilli, on est passé dans cette bonne cuve d’Inde sans mélange d’autres ingrédients et on aime ça, la galle, l’épine et la cuve.

Sur la violette, on se contentera de lire.

« VIOLETTE
S. f. (Hist. nat. Bot.) viola, genre de plante dont la fleur est anomale & composée de plusieurs pétales ; elle ressemble à une fleur papilionacée ; les deux pétales supérieurs ont la forme d’un étendard ; les deux latéraux représentent des aîles, & l’inférieur est fait comme une carene. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit ordinairement à trois angles, qui s’ouvre en trois parties, & qui renferme des semences le plus souvent arrondies. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. »

On s’en ferait presque violette, les bras en étendard, et l’intérieur fait comme une carène, et peut-être poète aussi, « fruit des fruits, ouvre-moi en trois parties, enferme tes semences, mon pistil ». Pour compléter on cherche à lilas, curieusement, l’encyclopédie ne dit rien, elle ne connaît que :

« LILAC
S. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale en forme d’entonnoir, partagée pour l’ordinaire en quatre parties. Il sort du calice un pistil attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur ; ce pistil devient dans la suite un fruit applati en forme de langue, qui se partage en deux parties, & qui est divisé par une cloison en deux loges remplies de semences applaties & bordées. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
LILAC, (Hist. natur.) petit arbre qui nous est venu de l’Asie, & que l’on cultive en Europe pour l’agrément. Il fait une tige assez droite, prend peu de grosseur, se garnit de beaucoup de branches, & ne s’éleve au plus qu’à vingt piés. Il fait quantité de petites racines fibreuses qui s’entremêlent & s’étendent peu. Sa feuille est grande, faite en coeur, d’un verd tendre & luisant ; elle paroît de très-bonne heure au printems. Sur la fin d’Avril, ses fleurs annoncent le retour de la belle saison ; elles viennent en grosses grappes au bout des branches de l’année précédente, & il y a toujours deux grappes ensemble. Leur couleur varie selon les especes : il y a des lilacs à fleur de couleur gris de lin fort tendre ; d’autres à fleur plus foncée tirant sur le pourpre, & d’autres à fleur blanche. Toutes ces fleurs ont de la beauté & une odeur délicieuse ; elles sont remplacées par des petites gousses de la forme d’un fer de pique, qui deviennent rouges au tems de leur maturité ; elles contiennent des semences menues, oblongues, applaties, aîlées, & d’une couleur rousse. Cet arbre est très-robuste, il croît promtement, & donne bientôt des fleurs. Il se plaît à toutes les expositions, réussit dans tous les terreins, se multiplie plus que l’on ne veut, & n’exige aucune culture.
On pourroit élever le lilac de semence ou de branches couchées ; mais la voie la plus courte & la seule usitée, c’est de le multiplier par les rejettons qui viennent en quantité sur ses racines : le mois d’Octobre est le vrai tems de les transplanter, parce que les boutons de cet arbre, qui sont en séve dès le mois de Décembre, grossissent pendant l’hiver & s’ouvrent de bonne heure au printems. Plus les lilacs sont gros, mieux ils reprennent, & ils donnent d’autant plus de fleurs qu’ils se trouveront dans un terrein sec & léger, mais ils s’éleveront beaucoup moins. On en voit souvent qui sont enracinés dans les murailles, & qui s’y soutiennent à merveille. Il ne faut d’autre soin à cet arbre que de supprimer les rejettons qui viennent tous les ans sur ses racines, & qui affoiblissent la principale tige. On doit aussi avoir attention de tailler cet arbre avec ménagement, on se priveroit des fleurs en accourcissant toutes ses branches. Son bois, quoique blanc, est dur, solide & compacte, cependant on n’en fait nul usage : on ne connoît non plus aucune utilité dans les autres parties de cet arbre : on le cultive uniquement pour l’agrément. »

Chaque phrase embaume, « sa quantité de petites racines fibreuses qui s’entremêlent & s’étendent peu, sa feuille grande, faite en cœur, d’un vert tendre et luisant ; ses fleurs annoncent le retour de la belle saison ; elles viennent en grosses grappes au bout des branches de l’année « précédente », et il y a toujours « deux grappes ensemble ». Et tiens ces fleurs des lilacs,« fleur de couleur gris de lin fort tendre, fleur plus foncée tirant sur le pourpre, fleur blanche ». Toutes ces fleurs ont de la beauté et une odeur délicieuse. On aimerait découvrir ces « petites gousses de la forme d’un fer de pique, qui deviennent rouges au tems de leur maturité et qui contiennent des semences menues, oblongues, aplaties, ailées, et d’une couleur rousse ». Le lilac est un arbre robuste, qu’on aime pour lui-même, on retourne même pour lire en détail.

Mu par un désir d’être exhaustif, parfois difficile, tant la matière est riche, on entre dans matin, on entend sonner les matines, et on arrive à

« MAUVE
(Hist. nat.) Voyez MONETTE.
MAUVE, malva, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale, en forme de cloche ouverte, & profondement découpée. Il s’éleve du fond de cette fleur un tuyau pyramidal chargé le plus souvent d’étamines. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur & au tuyau pyramidal ; & il devient dans la suite un fruit applati, arrondi, & quelquefois pointu : ce fruit est le plus souvent enveloppé du calice de la fleur, & composé de plusieurs capsules, qui sont si fortement adhérentes tout-au-tour de l’axe, que chaque strie du fruit reçoit une capsule, comme s’ils étoient articulés ensemble. Chaque capsule est remplie d’une semence semblable pour l’ordinaire à un rein. »

On n’est pas allée voir Monette, arrêtée, pensive, sur ce « clou attaché à la partie postérieure de la fleur et au tuyau pyramidal », ces capsules, « chaque strie du fruit recevant une capsule comme s’ils étoient articulés ensemble », on sent qu’un mystère de la nature est à inventorier, qu’il est promesse, et « ce pistil qui sort du calice », ce rédacteur est un jardinier hors pair, qui nous confronte à la terrible nécessité d’écrire après ça,

et puis essayer à son tour, oser, avec fort complexe :

La ville lève les bras à l’étranger, venu la visiter, de ses fringues mauves au levant, au coucher, elle se débarrasse dans la nuit. Et l’homme aux yeux jean l’arpente, remonte le boulevard, l’héliotrope comme chez lui, à calice indigo il fait son magenta, ne relevant la tête que pour flashs incendiaires sur la street bien ouverte, contourne la city, s’avise d’un passage, au fond spot light violet, s’enfonce dans l’impasse, pousse la porte d’un Club, néons rouges, vidéos, va danser sur le riff, corps délié, sur le beat accélère, et quand une voix l’appelle, son sang bat dans sa veine, mille images explosent, le rock en son lilac déchire le violine. La ville et son Stranger.}


crédit photo christine simon

publié initialement le 16 septembre 2014

[1galle à l’épine. Le noir s’engalle avec de la galle d’Alep ou d’Alexandrie, dite galle à l’épine, Instr. générale pour la teinture des laines, 18 mars 1671, art. 29.

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