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marmonner son jardin

on n’est jamais assez prévenu, le printemps, c’est la folie au jardin, c’est à l’expérience qu’on comprend, on est sommé de ne plus procrastiner, car elles ne patientent pas, les plantes, elles poussent partout, sitôt tondue l’herbe repousse, et même si on a banni le mot "mauvaises herbes" de son vocabulaire, il y en a tout de même une ou deux qu’on éradique en marmonnant, le séneçon au jaune fade, le rumex aux feuilles tachetées de rouge, chercher la racine, comme elle dit bien son nom l’éradication, surtout ce qui frappe, c’est que le jardin tel qu’il est, dans ses états du jour, reflète soi, non qu’on y projette ses pensées, mais il est matériellement, concrètement, indubitablement à l’image du jardinier, négligence et à-peu-près ne pardonnent pas, même si on le pare de beaux mots comme jardin en mouvement, biodiversité, il faut peut-être encore plus de soi dans un jardin qu’on s’est promis de suivre, d’écouter, d’observer, un peu comme ce groupe de femmes, dans l’atelier d’écriture, l’autre jour, on a sorti le mot "marmonner" du texte, elles ne le connaissaient pas, une fois compris, la lueur dans les yeux, elles répétaient entre elles, marmonner, marmonner, ça la récompense, le plaisir d’un mot qu’on a envie de redire et redire encore, et quand on a lu, elles avaient toutes placé d’elles-mêmes et sans consigne le mot dans leur texte, et c’était comme une fleur cueillie et aussitôt humée, on a même surpris certaine jouissance dans le prononcé, les lèvres qui se plaquent l’une sur l’autre, une nasale sonore voisée, ce qu’on n’a pas dit, mais parlé de l’allitération en m, un peu comme dans maman, sans doute ça qu’on a conclu, que le mot rejoignait le son d’une lointaine matrie, d’une haute enfance, est-ce que les bébés marmonnent ?

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