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Vivre sans peur dans un village, jusqu’à ces jours c’était possible, mais dimanche il est venu proche derrière toi dans la file où tu attends pour acheter le journal, puis t’a suivie avec sa voiture –mais c’est son chemin, il rentre chez lui dans le village voisin-, tu entres au Sitis du coin, et en sortant tu constates qu’il est toujours à la sortie du parking, puis il démarre, ça commence comment le dérapage pas drôle du tout, le glauque, une remarque dragouille d’un type au bar, face rondouillarde tout sourire, quand tu es en train de boire un café, tu fais un demi-sourire, tu ne relèves pas, la seconde fois, tu jettes un regard plus énervé et tu glisses au patron un « il va se calmer » , puis ta froideur grandit à chaque fois que tu le croises, mais il continue ses insinuations, semblant prendre à témoin les autres au bar, ceux qui pourtant ne lui emboîtent pas le pas, avec qui tu as des conversations agréables quand il n’est pas là, ils cherchent plutôt à le calmer, jusqu’à ce jour où il dit à ses copains très fort, lui entré alors que tu es installée, qu’il l’aime SA Christine, même pas l’alibi d’être saoul, alors ce jour-là, tu prends ton smartphone et lui indiques que tu l’as inscrit au grand déballage, le « hashtag #metoo » sur Twitter, ses copains rigolent, ils ont compris, il a blémi, et c’est là que sa face rondouillarde s’est arrêtée de sourire, et que son regard s’est mis en mode « vise au loin façon neutre », mais tu sens que ça ne rigole pas dedans, la fois suivante, il te serrerait la main comme si de rien n’était, puis ce serait à nouveau l’abus de langage, le brave gars, puis l’abus, alors quand il te tend la main, mine de rien, tu te souviens de ce sentiment de colère ravalé, et de ta décision de ne plus accepter de macérer ta honte, et tu refuses dégoûtée de toucher sa main, c’est là que ton traducteur instantané met des mots sur ce qui se joue, sa volonté de pouvoir, il ne supporte pas cette femme seule dans un café, il la chambre –quel mot pour le dire- façon de la réduire à sa merci, et quand elle le moque, que ses copains rient, il montre son jour réel, et à présent tu te demandes quel sera le prix à payer, et à quelle série TV la saison appartient, si même l’épisode va dépasser ce commentaire rapide sur ton carnet de note.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 20 novembre 2017 et dernière modification le lundi 20 novembre 2017
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Messages

  • Bonjour,
    merci pour ce billet. J’en retiens cette expression terrible : "le prix à payer" et il est terrible parce que, silence ou révélation, on paye. Toujours.
    La peur, tout le temps la peur des femmes...
    En septembre, revenant de nuit après un concert ma soeur et moi sur une route de campagne, nous avons été talonnées par un fourgon qui a serré la voiture vers le fossé en doublant. Et s’est arrêté dans le bois. La porte s’est ouverte, on a reculé au jugé dans la nuit, on s’est terrées dans un village avant de reprendre l’unique route qui menait au gîte isolé. La peur...
    Et personnellement ça m’agace un peu les injonctions de parler par les femmes des milieux protégés, c’est bien mais il faut qu’elles sachent qu’elles ne représentent qu’elles-mêmes.
    Bonne soirée.

  • Oui, il y a un prix à payer, et connais ces peurs qu’on jugule comme on peut.

    mais c’est vrai de toutes les femmes dans tous les milieux, quoi qu’elles fassent, parler ou pas, ça n’est jamais une partie de plaisir, je crois.

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