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la poésie, manifestons

Ce texte est une commande, ça m’est arrivé peu souvent. Ecrit à partir d’une tentative de manifeste, non aboutie, s’en ressentait encore dans la première version, que je remplace ici par la nouvelle, plus adaptée. Et merci aux lecteurs qui d’un coup de patte, ou d’une image, m’ont donné des ailes pour refaire.
C.S.


MP3 - 5.6 Mo

Les bourgeois-de-la-rente,
les donneurs-de-leçons du CAC-40,
les pompompidoo-de-chez-Lazare,
lespapas-leschéris-lespatrons
et les-matrones,
les mères-la-pudeur aussi et pire,
les coucous-qui-pillent-les-images-à-la-galerie-Farfouille,
les mais-c’est-pas-comme-ça-k’y-faut-faire,
les avertisseurs-aux-lecteurs,
les ici-là-et-pas-là,
les cadreurs-qui-recadrent,
les insulteurs-avec-pignon-sur-rue,
tu-tu-tu-tu-tut, ici, on ne les trouve pas,

ici ne vont que vieux enfants à cœurs boostés aux harmoniques,
crieurs de mots désespérés
et cascadeurs de sons chaloupés,

leur science est celle d’un puits creux, tâtonnant et frissonnant, portant chemises à carreaux, eux, vaniteux, ils prétendent, oui, prétendant, ils essaient, ceux-qui-cherchent-toujours-la-langue, klang.

Ici pas de bordel-monde, mais un joyeux casino.

Ils aiment le ronflement des fanfares, les m’as-tu-vu des halls de gare, les flûtistes d’à-demain-dodo, c’est leur droit, la carne jamais ne les chiante, han, han, et pour les vers, les cadavres, Messieurs-Dames, ils y sont au grand rendez-vous, ils viennent de leurs mots-prison hurler le grand chambardement, même s’ils ne sont pas de la grande étagère, en poésie on ne répète pas, qu’une règle et pas la plus facile, alors leur bite prend le maquis, et les cons ils conspuent, mais dans leurs viscères pas de haine, et si elle les tord, la criarde, la belle affaire, ils diront « merdre » avec Ubu, ils peuvent même le tout-à-l’égout du j’ânonne-de-l’anus, mais pas une posture, ils crient ces messieurs-poètes, hou, hou, viennent parfois miauler à nos portes,

le petit chat est mort/vivant,
poème dans sa figure de Planck

ils postent dans la nuit leur imposture, nous accueillons leur innocence.

Ici les blancs vont à demeure, n’auraient-ils tant vécu que pour une aphasie, n’auraient-ils droit qu’à la portion du con ou de la grue, la blanche littérature avance ses fantômes, un rien qui vide, mais n’indiffère, aux cimaises du transfert, hommage aux hommes qui marchent, quand la folie sonne l’hallali, que dire, respect, clochards universels, venus de leurs tunnels, glissant majestueux, ils dansent avec eux tous sur leurs planches à roulettes.

Ils. Elles. Ils, elles, tous là, dans le tohu-bohu, ça adame et ça ève, on se défie, on se rassure, ça chevauche à mixte, ça entrelace à même, les voisins et les voisines.

Entrée des elfes, contrebasse ou saxo, piccolo ou scie, aiment le nerf ou le blues, yeah, c’est quelque chose, le changement de pied, le changement de ton, ta-ta-ta-ta et lève le bras avant de cingler la grosse caisse, la volte-face et les nuances, l’hanséatique dans le brouillard, mais qu’on entend la nuit dans les ports, le cliquetis des haubans, d’où vient ce yodle décapant, et puis la nappe se dissout, et boule-à-facettes, vous étiez où ?, dans le rythme endiablé d’une chute d’étoiles, vœu, et qu’on entende le bang philharmonique ou la mélopée alanguie, sur un divan, divin marin, le qui-vibre du téléphone au qui-kling du vibraphone.

Pas la misère qu’ils déblatèrent à l’hygiaphone, mais la révolte, quand elle les titille, la langue devient politique, les verbes implosent, et la sainte taxe repasse, l’insurrection la ressuscite, tout glisse sur les toboggans poétiques.

Ici, ça biodiverse dans la matière, la sphère nippone, pointe de yuzu chatouille le nez,

haïku, haïku :
vois-tu la fleur du cerisier
qui coulisse dans le vent,
spirale

Pas d’âge pour le sextoy ou les vers de mille verges obstinées,

la poésie est un sexe dressé,
ou pas,

ici la bulle éclate dans son logis neuronal, la phrase erre puis explose, le cri du corps-à-corps échu, ça s’électrise, ça lyrise, ça satyrise si on le veut ; à l’aune des ballets nautiques, ils sont les saumons vagabonds qui plongent vers la grotte lointaine, et lentement remontent la rivière, elles sont la grande cascade du mur qui parle, leurs mots sautent grenus, et tous ensemble ils descendent la glissière,

le beat/la beast, la bite/la bee,

le mouillé au fond de son antre et le passager clandestin, là est leur chemin, leur stratosphère,

qu’ils explorent avec leur appareil, s,
le sonore, mais un certain, z,
son, ils le pistent à l’oreille,
du bout de sa fréquence, ziiiii.


Allant, dindons et dondaines, ils fabriquent leur planète, se rencontrent à l’heure qui jazz, et quand plus rien ne vient brouiller les ondes miroite un paysage sonore,

enfin on aperçoit les flocons fondus dans la flaque,
le goutte-à-goutte des syllabes qui claquent sur le macadam,
l’envol d’un jet de lumière dans la voûte d’un arc-en-ciel,
et l’oiseau vit, l’oiseau vit,
ça que dit la poésie,

dans la cité qui va les rues, personne ne crache sur personne, car ils les veulent vibrants, eux, les poètes, dans leurs mots d’avant, dans leur quête d’aujourd’hui, de leurs stylos à mille couleurs ils écrivent des lignes de présence ;

au jeu du dire, du soupir et du rire,
même une place pour les chèvres étrangères,
eux, tous ensemble à coups de corne
enfoncent la langue dans l’oreille.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 9 mars 2015 et dernière modification le dimanche 17 avril 2016
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