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le son (III) : à cet instant du réveil

pour le son (III), à cet instant du réveil, on va à la fin


le son (I) : préliminaire

Il ne voit que son ombre se superposant sur la nappe rouge dans la lucarne, il est dix-huit heures, son heure de prédilection, et les cloches se mettent à sonner, elles simpoussent d’abord dans ce petit mouvement d’aller et retour que les cloches ont sous l’effet du vent, qui s’accélère quand s’annonce l’office, et on imagine le bedeau qui tire, qui tire avec son bras de chanvre prêt à compousser, sachant obtenir le meilleur effet, il en a vu de ces tintinabullum installé dans la chambre, squilla sonné dans le triclinium, cymbalum résonnant dans le cloître, de ces campana, nola, signum, index, clocca, de ces seings, sins, coulés tout exprès par le saintier pour appeler à la prière, et même le tocsin, il en avait touché de ses mains, presque trop habitué, il s’en était lassé d’ailleurs, mais ce jour-là ce qui supplie, la nolula avec sa double cloche dans l’horloge, celle-ci percute toutes les cloches de son souvenir, y imprimant un rythme sortilège, ce quelque chose qui engage à grandes volées, lui donnant envie de se lever pour rejoindre le lieu sacré, son abside aux colonnes huilées, la rosace, la nef avec son nartex, où il aime entrer à toute heure comme un païen sait faire, souvent le matin, à contresens du mouvement des croyants, mais là n’en est encore qu’à la vue sous le clocher, de ces dômes tendus qu’il aurait volontiers saisis dans ses bras s’ils ne s’étaient obstinés à se balancer, comme pour le narguer, sons montants, descendants, suspendus à bonne distance, dans la joyeuse annonce de la nuit, des chiens hurlent au loin, mais lui n’en a cure dans ce sentiment vertical qui l’envahit, allongé sur son lit, les cloches tournoient en folle sarabande, l’effleurant de leurs croches, doubles croches, triples croches, blanches et mêmes soupirs, dans un grand carillon sur sa peau frissonnante.


le son (II) : re


fayçal baghriche - la force de l’art 02 - crédit photo christine simon

Ce sera donc un matin, dans le studio qu’une orange lueur allume peu à peu ; sur la console un réveil, pour réveil délicat, on dirait délicat du double mouvement de le circonvenir avec doigté et de le mettre de bonne humeur par des attentions touchantes.

D’abord c’est son tic-tac qu’on entend, comme un toc-toc que la main fait sur une porte, on est réveillé si tôt ces jours-là, taraude le son qu’on attend, le long beuglement de l’appareil en feu ou peut-être une petite musique entêtante, qui sait comment le réveil sonne avant de l’avoir entendu, il se déclenchera tout à coup, ne pas le craindre, il sert à la seconde, avec la régularité d’un métronome , -qui ne doute pas de son tempo, qu’on règle au fur et à mesure, c’est la recherche d’un minutage, on le préfère traditionnel dans sa pulsation audible, on aime son contrepoids mobile, coulissant sur le balancier, et sa graduation subdivisant chaque minute, certaines musiciennes pratiquent le métronome électronique, mais bruyant de la vibration motorisée, alors que la simple progression de l’allure du métronome à l’ancienne, grave, largo, larghetto, lento, adagio, andante, andantino, moderato, et puis avec de plus en plus d’insistance, allegretto, allegro, presto, et dans son montant crescendo le prestissimo qui finit échevelé, achevé, vautré sur le piano, comment dire, c’est une prouesse qu’on se prépare là-, mais dans cette petite seconde d’avant, l’alarme n’a pas encore sonné, le bruissement qu’on entend est un froissement de draps, les mouvements hasardeux qui tâtent leur surface, le dépliement du corps qui sort de sa nuit, les yeux encore fermés tout à ces sons qui donnent le signal qu’un autre va venir.


le son (III) : à cet instant du réveil

A cet instant où les choses se décident, peuvent se faire selon l’humeur du jour, par temps maussade, procédant d’une intention musicale quelque peu froide et métallique, on jouerait des cuillères musicales tôt le matin, et même si maestria, on l’aura compris le placement dos à dos des cuillères de cuisine, même si on glisse l’index entre les deux cuillers, la pression étant assurée par le pouce et le majeur, peut procurer un de ces plaisirs rythmiques pouvant passer à l’aube, à la rigueur, mais instrument placebo du réveil-matin, encore que la technique dite du « glissé » qui fait passer les cuillers sur les coussinets des doigts tendus fermement serait une alternative sonore assez intéressante, mais aux beaux levers de soleil, et ce jour en a toutes les promesses, à cette seconde où les yeux s’ouvrent, acceptant d’abord l’impatience rosée à la fenêtre, la main empoigne l’interrupteur de la lampe, pas de ces interrupteur à bascule, interrupteur à pied à poussoir, interrupteur poire à poussoir, interrupteur à tirage ni variateur à pied curseur ou à pied rotatif, mais dans la chambre mansardée, ce que la main empoigne, un interrupteur à manettes sur lequel elle pousse pour allumer la lampe, et ce qu’on entend, c’est un clic généreux, non de ces déclics électronique ou plastique, mais un clic métal sur bois, qui résiste un peu à la manœuvre, prolongé d’une petite vague sonore, qui rend l’acte lui-même, la poussée du pouce sur la tige légèrement bombée en son sommet puis son engagement ferme, presque technique, et le ruissellement de lumière qui s’en suit, vient réveiller tous les sens, et si on croyait encore à un rêve, on sait désormais que le monde sonore est un enchantement.

Mots-clés

fayçal baghriche

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 12 septembre 2017 et dernière modification le lundi 15 décembre 2014
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