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Il y a deux ans, j’ai découvert les vases communicants. Fondés par Scriptopolis et le tiers livre, ces échanges croisés de textes et d’images entre sites ou blogs sont un rendez-vous littéraire original une fois par mois.
Dominique Hasselmann m’a fait l’honneur de m’y, proposant le mot « road » pour thème. Et voilà comment je me suis lancée. Vous pouvez lire ci-dessous sa Road party

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Road party


L’attrait ou l’amour pour ce mot de « road » renvoie sans doute, peut-être, qui sait ?, à la perspective qu’il ouvre – déjà par sa connotation étrangère menant au voyage – vers la traversée, non pas le « cheminement » laborieux mais la vitesse constante, en direction d’autre chose : comme une ligne de vie, une image de l’existence, un parcours avec une arrivée pas encore atteinte, le butoir n’étant pas signalé de manière explicite.


Tous ces livres, tous ces films, toute cette musique, et toute l’imagination qu’ils déclenchent ou remémorent, forment comme la voie rapide, avec ses pointillés, de jour ou de nuit, qui nous emmènent vers ailleurs, nous font décoller du quotidien, de la pesanteur, de l’immobilité, de l’ataraxie.


La route se déroule, son ruban est kilométré au compteur, les paysages filent, défilent, les maisons se faufilent, les zones industrielles estampillent l’horizon, les pales des éoliennes se tournent vers l’astre du jour comme des tournesols sans couleurs, les pompes à pétrole rappellent des temps anciens, la lune joue avec les phares de la Plymouth Valiant, la même que celle que conduit le personnage du film de Steven Spielberg, Duel, poursuivi par l’énigmatique semi-remorque noir aux deux tuyaux d’échappement verticaux.


« La première étape devait être Sacramento, ce qui n’était même pas l’ombre du voyage pour Denver. Dean et moi nous étions seuls assis sur le siège arrière ; nous nous en remettions à eux pour tout et discutions. « Eh bien, mon pote, cet alto-saxo de la nuit dernière avait le it [1] dès que ça a mordu, il a tenu bon ; je n’ai jamais trouvé un type qui le tenait si longtemps. » Je voulais savoir ce qu’était que le it. « Allons bon – Dean rigola – voilà maintenant que tu m’interroges sur les choses impon-dé-ra-bles, hum. Voilà un gars, et tout le monde autour, hein ? C’est à lui de mettre en forme ce qui est dans la tête de chacun. Il attaque le premier chorus puis il déroule ses idées, bonnes gens, bien sûr, bien sûr, mais tâchez de saisir, et alors il se hausse jusqu’à son destin et c’est à ce niveau qu’il doit souffler. Tout à coup, quelque part au milieu du chorus, il ferre le it ; tout le monde sursaute et comprend ; on écoute ; il le repique et s’en empare. Le temps s’arrête, il remplit le vide de l’espace avec la substance de nos vies, avec des confessions jaillies de son ventre tendu, des pensées qui lui reviennent, et des resucées de ce qu’il a soufflé jadis. Il faut qu’il souffle à travers les clés, allant et revenant, explorant de toute son âme avec tant d’infinie sensibilité la mélodie du moment du moment que chacun sait que ce n’est pas la mélodie qui compte mais le it en question… » [2]


Sur une moto, ce sera d’abord le souvenir de L’Equipée sauvage puis la vision multipliée d’Easy Rider : puissance de la cylindrée chauffant les jambes, le vent dans les yeux même à l’abri derrière les lunettes, la sensation incroyable de liberté, bientôt abattue ici par l’esprit réactionnaire de quelques red necks américains.


Le road movie rôde : il démarre sur les chapeaux de roues, même s’il n’y en a que deux comme dans ce livre de Robert M. Pirsig : « Ma machine veille sur moi, prête à démarrer, comme si elle avait passé toute la nuit à m’attendre.


Du gris, du noir, des chromes – et de la poussière. Toute la poussière de l’Idaho, du Montana, des deux Dakota et du Minnesota. Dressée de toute sa hauteur, elle a belle allure. Pas un accessoire inutile. Tout est fonctionnel.
Je crois que je ne la vendrai jamais. Aucune raison de la vendre. Ce n’est pas comme une voiture, dont la carrosserie rouille en quelques années. Une moto, il suffit de bien l’entretenir, de la faire réviser de temps à autre, et elle dure aussi longtemps que son propriétaire. Peut-être même plus longtemps. La Qualité. C’est elle qui nous a menés jusqu’ici sans problème. » [3]


Fantômes du voyage, du trip, bruits de chaînes (évidemment), engoulevents rencontrés par surprise, On The Road Again, blues écorchés qui grattent sur des 33 tours usés, Bob Dylan revisite la Highway 61, le guidon trépide, le volant trépigne, ces engins nous emportent on ne sait plus trop où, vers une dernière frontière, peut-être un dérapage, une sortie de route, l’éblouissement final, la mort rôde, elle carbure indéfiniment, s’alimente à un réservoir caché, camouflé, que l’on ne peut détruire, nous en sommes ses clients obligés, captés, prisonniers, comme dans toute entreprise marketing menée d’une poigne de fer.


Dans les écouteurs, en roulant, lancer logiquement, à fond la caisse, Hit The Road Jack, avec les yeux ouverts ou fermés.

Et se laisser aller.

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Interstate 80 to Sacramento (cliquer ci-dessous pour agrandir la photo)

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texte : Dominique Hasselmann
photo : Christine Simon

[1Expression de la langue du jazz.

[2Jack Kerouak, Sur la route, Gallimard 1960, Folio N° 61, 1972, pages 292-293.

[3Robert M. Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Editions du Seuil 1978, Points N° R 151, 1984, page 253.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 1er août 2014 et dernière modification le mercredi 16 septembre 2015
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